Speelvolledige nummers van Celui qui aime a déjà franchi la mort (S 89) door Various Artists op je telefoon, computer en geluidsinstallatie thuis met Napster. Van het album "Chants notés de l'assemblée (152 chants pour la liturgie)" van Chœur Jubilemus op Napster Celui qui aime a déjà franchi la mort Caecilia 3/2014 Commentaires de chants © Union Sainte Cécile - Strasbourg Celui qui aime a déjà franchi la mort S 89- LAD 733 Texte M. Scouarnec - Musique J. Akepsimas En te présentant, Seigneur, cette offrande pour le salut de ton serviteur N. nous faisons appel à ton amour N. a toujours vu en ton Fils un Sauveur plein de bonté Fais qu’il trouve maintenant en lui, le juge dont il n’a rien à craindre ». Cette prière sur les offrandes est tirée de la messe des funérailles, hors temps pascal. uste après avoir présenté le pain et le vin, l’Église en prière offre son défunt dans l’offrande eucharistique, et elle exprime sa foi pour l’un des siens. Une foi enracinée radicalement dans l’amour. Amour invoqué, amour manifesté par la vie publique du Seigneur, amour qui se manifestera au moment ultime de la Résurrection des morts. Cette prière ne fait que redire ce que le psaume 85 84 révèle à travers le verset 11 Amour et Vérité se rencontrent, Justice et Paix s’embrassent ». J Michel Scouarnec, prêtre du diocèse de Quimper, en écrivant le texte de ce chant pour des funérailles, résume toute cette richesse biblique et liturgique. Le refrain associe la pratique de l’amour humain c’est-à-dire la justice en lien avec le mystère de la Pâque. Ce mystère de la Pâque est lui-même associé à la certitude de demeurer dans l’Amour de Dieu. Ainsi la pratique de l’amour fraternel, du partage cordial devient lieu où se manifeste déjà la vie éternelle, où la Résurrection est déjà mystérieusement à l’œuvre. Puis les couplets vont déployer ce que représente cette pratique de l’amour humain. À l’instar des commandements du Christ selon saint Marc 12, 29-31 on y parle de la pratique de l’amour envers Dieu couplets 1 à 4, et de la pratique de l’amour envers le prochain couplets 5 à 9. Tous les couplets se concluent par une formule litanique confessant la foi d’être dans la Paix, devant le Seigneur. Avec la progression des couplets 1 à 4, nous avons la synthèse des éléments des récits de la Transfiguration, mais à l’envers parole de Dieu, lumière de Dieu, visage de Dieu, gloire de Dieu. La pratique de l’amour envers Dieu se cristallise dans le mystère de la Transfiguration, et elle conduit avec certitude d’être devant Dieu dans la paix. La pratique de la Justice envers Dieu nous fait embrasser la Paix comme dirait le psaume 84 85 ! Avec la progression des couplets 5 à 9, nous avons une synthèse biblique de l’enseignement de Jésus sur son Retour et le Jugement Dernier, selon saint Matthieu 25, 31- 46 aimer son frère, donner à boire, réchauffer l’âme, rendre visite, ouvrir sa porte. Cela résume la célèbre citation de saint Jean de la Croix au soir de notre vie, nous serons jugés sur l’amour ». La pratique de la Justice envers les hommes nous fait également embrasser la Paix ! Quant à la musique, Jo Akepsimas écrit dans un style choral, dont la structure mélodique et harmonique est très classique. Le refrain avec sa lenteur qu’il convient de vraiment respecter, donne cette ambiance de quiétude au chant, qui est le propre d’une âme apaisée. Si les couplets sont un peu plus rapides, ils sont harmoniquement plus riches, conduisant à la mise en valeur de la formule litanique qui les conclue. insi le refrain avec sa lenteur, et les couplets avec leur harmonie rendent audible cette foi de la communauté chrétienne, que dans l’Amour nous embrasserons la Paix en Dieu. A Emmanuel BOHLER flashez avec votre smartphone et écoutez
DernierAdieu’:’ «’Lechant’du’dernier’adieu’doit’apparaîtreà’tous’commelesommet’del’adieu’detoutel’assemblée
Nos anciennes légendes, mais nos rêves aussi, ont toujours fait parler les morts. On se demande alors si ce n’est pas parce que les morts reviennent parmi nous. Ce qui voudrait dire qu’il ne s’agirait pas tant de les faire parler que de leur prêter l’oreille. Bien sûr, personne n’a jamais pu prouver que pareilles manifestations survenaient en dehors de ce que les psychologues appellent de l’auto-suggestion». Personne n’a pu établir que ces rencontres avec les revenants» n’étaient pas le fruit d’illusions individuelles ou collectives. Il semble que l’homme ait des pouvoirs assez insoupçonnés à se convaincre de la réalité de choses dont on sait pourtant qu’elles sont irréelles. Ce qui conforte les plus sages parmi nous à nous rappeler, contre nos demi-deuils, qu’un mort, ça ne revient pas il est happé par le néant. S’il doit revenir, comme l’affirment certaines religions —pas toutes !—, ce n’est pas en ce monde qui est le nôtre. Tel est donc notre destin tragique, nous les humains, que nous prenons part à la lumière du jour, que nous nous y baignons comme si nous y habitions depuis toujours, puis que nous disparaissons, et c’est à peine si demeure une trace de notre passage nous ne sommes plus que des ombres. C’est parce que la chose a beau être évidente pour tous sans jamais cesser d’être difficile à accepter et à penser que la philosophie est née sous le signe de l’apprentissage de la mort. Socrate, à ses compagnons venus le rejoindre dans sa prison avant qu’il ne boive la ciguë, dira cette parole désormais célèbre philosopher, c’est apprendre à mourir ! Dans son esprit, il n’était pas exclu que la mort soit un voyage pour l’âme. Il nous parle d’une belle espérance» à propos de cette possibilité que l’âme rejoigne enfin ce qu’elle a appris à aimer durant son existence terrestre, quand elle a su se libérer de toutes les convoitises grossières qui l’appesantissaient ici-bas. Mais ce n’est qu’une espérance. Elle n’abolit pas le néant elle le rend seulement moins inquiétant. Toutefois, si philosopher, c’est apprendre à mourir, qu’est-ce que composer des poèmes ? N’est-ce pas une façon différente de faire la même chose ? Le dialogue de Platon auquel nous venons de faire allusion, le Phédon, suggère cette réponse. Car le même Socrate explique à ses amis que son démon n’a pas cessé de lui enjoindre de faire de la musique» durant toutes ses années passées. A quoi, explique-t-il, il a répondu en redoublant d’activité philosophique. Etrange ! En quoi les dialogues de Socrate peuvent-ils s’apparenter à de la musique ? Nietzsche, qui n’aimait pas beaucoup le sage athénien, l’accusait d’avoir transformé la pensée ample et profonde des présocratiques en de l’intellectualisme pinailleur. Ce que nous en rapporte Platon dans ses dialogues semble lui donner raison un coupeur de cheveux en quatre, voilà d’ailleurs ce dont plusieurs de ses interlocuteurs l’accusaient. Mais c’est précisément ce qui nous empêche de lui contester la rigueur dans l’utilisation des mots. Si, pour lui, philosopher, c’est faire de la musique, ou apprendre à mourir en faisant de la musique, c’est que la chose se conçoit… Sur les pas d’Orphée On peut en effet se représenter l’art dialectique, quand il est tendu vers l’absolu de la vérité et non vers la persuasion à des fins personnelles, comme une façon de tirer du monde des sons, audibles à notre seule oreille intérieure, par quoi se donne à nous quelque chose comme une symphonie céleste. Il en va des questions et des réponses dans le jeu du dialogue comme de ces vieux instruments, rongés par les années, mais qui continuent de nous offrir des sonorités capable de nous ravir et de nous transporter là où nous ne pensions pas pouvoir aller. La parole des acteurs du dialogue n’est pas en elle-même musicale, soucieuse qu’elle est de débusquer les contradictions logiques dans une définition trop convenue portant sur la vertu, sur la piété ou sur la beauté. Mais elle est ce qui, de degré en degré, en nous libérant de l’emprise de l’opinion, ouvre l’âme à la vérité musicale du monde. Lui redonne en tout cas le pouvoir de la recueillir, conformément à sa vocation profonde. La parole du logicien, dans le travail du dialogue socratique, est donc cette parole combative de l’âme, faite de détours et d’expédients, quand elle part à la reconquête de sa nudité native pour, ainsi accoutrée, retrouver sa patrie oubliée. Or ce mouvement de retour, s’il est essentiellement musical, ne saurait être étranger à la poésie. Mais est-ce que faire de la poésie, c’est apprendre à mourir ? Et si, franchissant le pas, on allait jusqu’à dire que c’était, non pas apprendre à mourir, mais… mourir ? Oui, mourir ! L’hypothèse parait aussi audacieuse que macabre. Bien des poètes, ou se présentant comme tels, s’époumonent à nous dire qu’ils chantent la vie, qu’ils représentent le parti de la joie de vivre face à la grisaille et à la monotonie de notre quotidien. A les en croire, la poésie n’aurait pas d’autre fonction que de nous permettre d’échapper à cette inquiétude qui nous tenaille et qui est précisément liée à la pensée de la mort qu’on porte en soi. Ils peuvent, pour cette mission affichée, s’autoriser de la figure d’Orphée. En expliquant que ce héros légendaire a montré la voie en traversant victorieusement l’épreuve de la mort et en insufflant ce triomphe de la vie à l’ensemble des êtres qui peuplent la terre. Mais la référence est risquée. Orphée est assurément le symbole du triomphe de la vie. C’est toutefois en tant que figure tragique. Il n’insuffle au monde son chant joyeux qu’à l’état de lambeaux. Le mythe ne raconte-t-il pas qu’il a été déchiqueté par les Ménades, et que c’est seulement après sa mort, et par elle, que sa vocation à enchanter les créatures en narguant la mort est passée d’un talent personnel et occasionnel à une tradition en laquelle tout poète peut en effet puiser ? La référence est d’autant plus risquée, par conséquent, qu’elle rappelle au poète que c’est à lui d’être à son tour en lambeaux» s’il veut que s’élève de sa bouche un chant vraiment digne du nom de poésie. A défaut, il ne sera probablement qu’un amuseur. Beaucoup de nos poètes le sont, du reste. Bref, l’exemple d’Orphée conforte plus notre hypothèse qu’il ne la met en difficulté c’est mort, ou mourant, que le poète chante! Pour autant qu’il est authentiquement poète. Mais, parlant ainsi, on pourrait donner l’impression de penser que la mort constitue une sorte de technique en vue d’accéder à la sphère authentique du chant poétique. Un peu à l’image de la technique de la castration, pratiquée autrefois en Italie sur les jeunes chanteurs d’opéra pour conférer à leur voix pureté et puissance. Or la mort ne saurait être un moyen. La considérer comme telle, c’est immédiatement la nier comme mort. La mort est perdition. Sans rien qui nous retienne à la vie. La voix elle-même n’est pas épargnée. Une mort dont on revient, ou à laquelle une part de nous-mêmes échappe, n’est pas à proprement parler une mort. Mais nous ne voulons pas désespérer le lecteur avec notre propos qui prend une tournure énigmatique que signifie que le poète chante en étant mort? Certainement pas que c’est son cadavre qui se mettrait à chanter laissons cela pour les films d’horreur. Le poète chante en étant mort, cela signifie qu’il chante en étant la mort. Cela signifie qu’il s’abandonne tout entier à la mort, qu’il s’offre à elle afin qu’elle chante par lui et qu’il ne soit plus en quelque sorte que son instrument. Le non-être du Beau… Pas sûr qu’avec ces précisions l’énigme se soit dissipée. Ni que nous ayons évité un soupçon, peut-être, selon lequel on voudrait entraîner l’activité poétique dans une conception morbide, qui se distingue mal d’une sorte d’apologie du suicide. A la vérité, ce reproche serait comparable à celui qu’on ferait à un médecin parce qu’il dévoile la nudité de ses patients. Ou celui qu’on ferait à un guerrier parce qu’il va attenter à la vie de son prochain sur le front. Le métier de poète est de se livrer ainsi à la mort afin qu’elle parle par lui. A quoi cela rime-t-il, dirait-on ? Qu’est-ce qui pousse le poète à mourir ? A parler dans une sorte de syncope, comme en un souffle ultime qu’on expire, et par une parole qui n’est plus sienne ? Est-ce une façon d’apprivoiser la mort que de s’y livrer de la sorte ? Non, telle n’est pas la mission du poète. Hegel, de ce point de vue, a raison de rappeler que l’art ne saurait servir de moyen à une fin, fût-elle pédagogique ou thérapeutique. L’abandon du poète à la mort relève de la logique de la réponse. C’est parce que le poète fait l’expérience du beau, et qu’il éprouve du même coup le caractère absolument impérieux de la réponse au beau —par rapport à laquelle la vie elle-même en tant qu’individu ne compte plus— qu’il accepte de se donner à la mort. Se donner à la mort, c’est le sacrifice de soi comme seule réponse possible au beau. Mais c’est aussi une façon d’aller chercher dans l’infini de la mort ce qui est à même de tenir lieu de réponse. Etant donné que le beau nous fait deviner l’écart, lui-même infini, d’une réponse au beau qui viendrait du vivant particulier que nous sommes, en tant qu’être simplement fini. L’expérience du beau ne va jamais sans épreuve de ce défaut que le poète porte en lui et qu’il ne peut surmonter pour répondre —d’une réponse qui soit elle-même belle— qu’en laissant la mort s’emparer de lui et parler pour lui. Et ce qui distingue cet abandon à la mort de toute idée de suicide, c’est d’abord qu’il est pris dans le jeu de l’appel et de la réponse, et c’est ensuite que cette mort ouvre sur une résurrection. Laquelle résurrection ne défait pas le travail de la mort, mais accomplit plutôt, en un mouvement rythmique de reflux, un travail de recréation de la vie au sein de la célébration du beau. Le retour à la vie du poète après la mort ne vient pas de ce que quelque chose en lui a échappé à la mort, mais au contraire de ce qu’il s’y est abandonné totalement. C’est tout à nouveau que la flamme de la vie l’envahit, comme un souffle venu de la mort elle-même, afin que l’acte de don de soi s’accomplisse encore, et que le chant de la réponse monte chaque fois encore plus haut. On ne comprend donc pas la relation du poète à la mort si on perd de vue sa relation au beau. Mais qu’est-ce que le beau lui-même pour fonder ainsi une relation à la mort qui soit si étrangère aux mœurs habituelles des humains, à ce conatus» qui les pousse naturellement à vouloir pour eux-mêmes la poursuite de la vie ? Platon nous en dit quelque chose, et plus que cela, quand il affirme dans le Banquet que c’est le Beau en soi que nous aimons à travers les belles choses que nous rencontrons sur notre chemin. Et que la philosophie est précisément ce qui permet de gravir le sentier menant des belles choses dans leur multiplicité au Beau dans son unicité. Et, enfin, que ce Beau par quoi toute belle chose rayonne n’est pas. Il est, dit-il, du côté du non-Être… Mais, ajoute-t-il, d’un non-Être qui est supérieur à l’Être. Ce qui veut bien dire que l’accès direct de l’âme humaine à l’unicité du Beau ne peut avoir lieu. Il lui faut le passage par le non-Être. C’est-à-dire par la mort. Mais par une mort qui porte en elle le pouvoir de redonner la vie. Parce que le non-Être dont elle relève est lui-même source de l’Être. Une chronique qui s’achève Ainsi Platon, en disciple de Socrate, confirme-t-il la sentence de son maître que philosopher, c’est apprendre à mourir. Il nous éclaire aussi sur le sens de la relation entre mort et poésie, dès lors que l’on a admis que la poésie est réponse à la manifestation du beau. Mais que dit de son côté le disciple indocile de Platon, Aristote ? Car, en conférant à la poésie tragique une place éminente dans sa Poétique, il est certain qu’il nous dit quelque chose. Quelque chose qui porte assurément davantage sur le propos du poète que sur son état quand il le tient. Puisque la poésie en question, explique-t-il, se donne pour tâche essentielle de nous présenter, aux fins d’imitation, le héros tragique en action. Et que ce héros tragique est justement cet homme qui réaffirme son humanité, et par là l’humanité de tout homme, par le fait qu’il s’est détaché de la vie, qu’il l’a abandonnée. L’image d’Œdipe se crevant les yeux, se privant donc de la lumière du jour, est de ce point de vue éloquente. Son renoncement ne rime pas avec désertion de la vie, mais au contraire avec réaffirmation de ce qui lui confère du sens. Y résonne cette parole de René Char A chaque effondrement des preuves, le poète répond par une salve d’avenir». Mais le poète, qui est le premier à imiter le héros qu’il propose à la représentation théâtrale, a déjà anticipé c’est en héros tragique» qu’il raconte son récit. Son chant n’advient que pour autant qu’il a lui-même fait don de sa vie pour recueillir l’écho d’une parole qui vient de plus loin et de plus profond que lui-même. Il est Œdipe étranger sur une terre où il est exilé, plongé dans le noir de la cécité, mais redécouvrant la moindre chose comme un don inespéré à partir d’une lumière qui lui vient des abîmes de la nuit. Platon et Aristote nous disent la même chose, par des voies différentes. La mort est l’amie du poète et le poète nous la découvre amie amie bien que terrible. Cette chronique sur la poésie s’achève c’est son dernier souffle. Mais ce qui en a nourri l’inspiration ne cessera pas de nous travailler, et de nous pousser à nous rendre toujours plus attentif à la voix du poète, si étrangère qu’elle fût… En attendant d’autres rendez-vous !
Faisonsmémoire de tous les défunts, et en particulier de ceux qui nous sont chers. Osons croire qu’ils sont sur le chemin de la rencontre définitive avec Dieu. Chant : Souviens-toi de Jésus Christ (CNA 588, I 45) ou Celui qui aime a déjà franchi la mort(CNA 588, S 89) Souviens-toi de Jésus Christ, ressuscité d’entre les morts. Il
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Voiciune large liste de chants liturgiques dont vous pourrez vous inspirer pour créer le programme musical de la messe. Ce sont tous les chants catholiques pour les funérailles que je peux chanter pendant la cérémonie d’A-Dieu de votre défunt.Je dispose même d’une bande orchestrale d’accompagnement, ce qui résout de nombreux problèmes logistiques

De Johnny Hallyday à Claude François en passant par Joe Dassin, Sylvie Vartan, Mort Shuman, Herbert Léonard, Nicoletta, et bien d’autres encore, Michel Mallory a signé plus de deux milles chansons pour les plus grands interprètes de la chanson française de ces 50 dernières à succès, il n’en a pas pour autant renoncé à sa carrière de chanteur qui compte plusieurs albums enregistrés en langue corse. Par Karine Casalta En effet, de son vrai nom Jean-Paul Cugurno, Michel Mallory est né à Monticello, en haute Corse en 1941. Il y passe l’essentiel de sa petite enfance avant de déménager quelques années plus tard en banlieue parisienne ou ses parents, fonctionnaires sont mutés. Passionné par les instruments de musique, c’est d’abord à l’harmonica, qu’il va exercer son talent pour la musique, jusqu’à devenir entre 8 et 12 ans un très bon harmoniciste. Et déjà à cette même époque il écrit sa première chanson, une déclaration d’amour à sa mère. Ce n’est qu’à 17 ans qu’il se mettra à la guitare, après que son père accepte enfin de lui prêter la sienne. Une guitare qu’il avait souvent contemplée mais à laquelle il n’avait jusqu’alors, jamais eu le droit de toucher. Cela signera la rencontre avec son instrument de prédilection. La même guitare sur laquelle il composera plusieurs années plus tard toute la musique que j’aime ! Des rencontres déterminantes Durant cette période, tout en travaillant en usine, il commence à chanter dans différents cabarets parisiens comme Ma Cousine, Le Zèbre à Carreaux, Patachou ou encore le Don Camillo, où il fait la connaissance de musiciens formidables, dont Matteo Ferret, un cousin de Django Reinhardt, c’est lui qui en grande partie, m’a appris mon métier de chanteur. » Mais totalement autodidacte, ce n’est que durant son service militaire qu’il va se mettre véritablement à étudier le solfège et se tourner vers l’écriture. Là, durant les 3 ans qu’il passe en Algérie, il monte un groupe avec 3 autres guitaristes et se produit régulièrement en concerts dans les camps et les casernes pour divertir les militaires. A son retour, alors qu’il travaille dans une boite de nuit à Pigalle, il rencontre Claude Jaoui, guitariste de Johnny Hallyday, et de nombreux autres musiciens avec lesquels il se lie d’amitié. Ils lui présenteront Paul Mauriat, grand chef d’orchestre de l’époque qui va tout de suite souhaiter le produire et lui fera signer son premier contrat chez Barclay sous le pseudonyme MICHEL MALLORY. Parolier à succès A partir de là les choses vont s’enchainer. Gagnant du concours de La Rose d’Or d’Antibes, ses chansons vont connaître un réel succès notamment en Allemagne où durant quelques mois il va mener une mini carrière ». Il signe aussi plusieurs chansons avec Alice Donna, entre autre pour Gérard Lenorman, Joe Dassin, Claude François, Sylvie Vartan…tout en continuant à chanter. Puis en 1972, une rencontre va bouleverser sa carrière. Un soir, Susy, l’épouse de Lee Halliday – père de cœur de Johnny Hallyday- l’appelle pour lui demander de travailler sur l’adaptation d’une chanson américaine que ce dernier voulait reprendre en français mais sur laquelle jusque là tout Paris se cassait les dents. Une difficulté s’y ajoute il doit la rendre dès le lendemain matin ! Il y travaillera toute la nuit et viendra lui même présenter sa version à l’artiste. Si Johnny le prend d’abord pour le plombier qu’il attendait pour réparer un robinet, puis émet des doutes sur le nombre de pieds contenus dans le texte, il sera finalement séduit par la version proposée. Adapté du titre américain Salvation, Sauvez-moi marquera ainsi le début de la collaboration entre Michel Mallory et Johnny Hallyday. Auteur entre autre de J’ai un problème, Noël interdit, La Terre Promise, Toute la musique que j’aime , Le bon vieux temps du Rock and Roll…pour ne citer que ces titres, il demeurera le parolier attitré de Johnny durant plus de 10 ans. Une collaboration qui s’interrompra par la suite, mais qui reprendra il y a quelques années à l’occasion de la sortie de l’album Sang pour sang signé David Hallyday sur lequel Michel a écrit plusieurs chansons. De cette rencontre avec Johnny naîtra surtout une profonde amitié, longue de 47 ans, qui en dépit de quelques aléas restera indéfectible. Nous étions extrêmement proches. Il était le frère que je n’ai pas eu et le parrain de ma 2e fille. Le seul aussi avec lequel on se quittait sur un je t’aime mon pote ». Avec ce pote il partagera de grands moments en familles, en Corse notamment. C’est aussi au titre de cette amitié que Johnny lui fera le cadeau, en 2007, de chanter en Corse sur l’album Sentimenti ». Retour aux sources Car en effet, à la fin des années 80, Michel Mallory, renoue avec sa carrière de chanteur, et sort un album en langue Corse. Un hommage à sa mère décédée en 1986. Elle ne cessait de me demander d’écrire des chansons en corse, et je ne l’ai jamais fait, tout comme je n’ai jamais chanté le Dio Vi Salvi Regina à l’église pour Noël, malgré ses demandes répétées… Le jour où elle est partie, je me suis senti coupable, et je me suis dit, je ne vais pas lui écrire une chanson, mais un album entier ». Ainsi est né Canta ». S’ensuivront 7 autres albums dans sa langue natale, tous largement salués par le public et la critique, tant pour leur mélodie que pour leur la qualité de leurs textes je suis très attentif à la qualité de la langue employé. Je connais le corse depuis l’enfance. à 10 ans mon grand-père me faisait lire les pages corses du Petit Bastiais, et je n’ai jamais perdu l’usage de la langue, même quand j’ai vécu ailleurs que sur l’île. Mais entre parler le Corse et l’écrire, ce n’est pas la même histoire, et il a fallu que je fasse l’effort de me remettre en question, que je travaille mon Corse des rues pour en faire un Corse plus littéraire. » Un retour aux sources qui l’a conduit à remonter sur scène avec des musiciens tous insulaires. S’il assure aujourd’hui avoir fait le tour de tout ce qu’il pouvait dire dans cette langue, certaines voix féminines qu’il admire, a l’instar de celles de Francine Massiani ou Patrizia Gattaceca, pourraient peut être dit-il, suffisamment le motiver pour reprendre la plume. Quoiqu’il en soit, la relève est d’ores et déjà assurée avec le plus jeune de ses fils, guitariste accompli qui marche aujourd’hui dans ses pas.
ParolesChansons de messe d'enterrement lyrics. Tweeter; Soumettre une chanson. Titres les plus consultés. 1. Il Restera De Toi. 2. Kyrie Eleison. 3. Le Seigneur est mon berger. 4. In Paradisum. 5. Je mets mon espoir dans le Seigneur. 6. Souviens-toi de Jésus Christ. 7. Seigneur tu as vaincu la mort . 8. Lumière Des Hommes . 9. Mon âme a soif de toi,
Ensemble Vocal L'AllianceBéatrice GobinStéphane Audoin Durée 0416 Auteur Michel ScouarnecCompositeur Jo Akepsimas CommeMarie ne tardez pas: 1: E; 252: Fais-nous marcher à ta lumière: 1: F; 20-51: Le chant des bergers: 1: K; 35: L'Esprit de Dieu: 1: F; 39: Lève-toi Jérusalem
Cette célébration peut être présidée par un prêtre ou guidée par un de l'ouvertureMot d’accueilAprès le jeu d’orgue qui n’aura rien de triste ni de funèbre, le prêtre qui préside ou le laïc qui guide la célébration adresse une parole de bienvenue à l’assemblée, par exemple Frères et sœurs, en ce jour où l’Église fête tous les saints, les saints connus comme les saints inconnus, nous voici rassemblés dans le souvenir de nos amis qui nous ont quittés… Dans cette foule immense de ceux qui ont choisi de marcher derrière Jésus le Christ, ne voyez-vous pas un papa, une maman, un mari, une femme, un enfant, un ami ? La fête de tous les saints est une fête de l’avenir les saints, les amis de Dieu, ont ouvert la route des Béatitudes et cette route, ils nous invitent à la prendre à notre tour, sans réserve et avec enthousiasme, car c’est la route du véritable bonheur… Avec le peuple innombrable des marcheurs de Dieu, chantons notre bonheur de croire et d’espérer en Jésus, le Vivant, le premier-né d’entre les morts !ChantsLes chants d’espérance ne manquent pas - Celui qui aime a déjà franchi la mort » S 89 aucun de nos gestes, même parmi les plus humbles et les plus effacés, n’est vain aux yeux du Seigneur.- Heureux les hommes au cœur de chair »W 100 ces hommes au cœur de chair, ce sont les saints ce sont nos défunts, c’est nous-mêmes qui, chaque jour, essayons de répondre à l’appel des Béatitudes.- Ne craignez pas »G 139 marcher à la suite du Maître du bonheur n’est pas de tout repos, mais Il entend nos cris et nous dit Ne perdez pas cœur ! ».- Seigneur Jésus, tu es vivant »J 16 en Jésus le Christ, vivant hier, aujourd’hui et demain,l’amour du Dieu d’éternité nous est révélé.Rite de la lumièreSur un fond musical très doux improvisation à l’orgue ou diffusion d’une musique, l’animateur ou un membre de l’assemblée évoque les noms des défunts de l’année tandis qu’à chaque nom un membre de la famille ou un ami du défunt s’avance et allume à la flamme du cierge pascal une petite lumière qu’il dispose auprès du cierge pascal – toutes ces petites lumières formant peu à peu un buisson lumineux autourde la grande lumière de la nuit pascale.Prière d’ouvertureDieu toujours fidèle à ta parole, regarde ton peuple qui se souvient des amis que tu as appelés auprès de toi. Nous croyons que ton Fils Jésus est vivant, nous croyons qu’au dernier jour nous surgirons de terre,nous croyons qu’en notre propre chair nous te verrons. Nous t’en prions conduis nos amis qui nous ont quittés et conduis chacune et chacun d’entre nous jusqu’à cette maison du ciel où il n’y a que bonheur, grâce et paix pour les siècles des nom des défunts au fil des moisPour le rite de la lumière, on peut aussi mettre en évidence, devant l’autel, un foyer de lumières soit un grand chandelier sur lequel on peut piquer 12 cierges, soit une vasque avec du sable dans lequel on peut piquer 12 cierges. Les cierges restent éteints jusqu’au moment des intentions de prière pour chaque mois, on allume un cierge. Dans les paroisses plus petites, prévoir un cierge pour chaque défunt de l’ qui nous ont quittés en novembre,implorons le Seigneur de toute gloire qu’ils entrent dans la grande communauté des qui nous ont quittés en décembre,implorons le Dieu-avec-nous » qu’ils connaissent pour toujours la paix de qui nous ont quittés en janvier,implorons le Seigneur des nations qu’ils trouvent place dans les demeures qui nous ont quittés en février,implorons le Dieu ami des hommes qu’ils participent pleinement à l’humanité qui nous ont quittés en mars,implorons le Seigneur obéissant jusqu’à la mort qu’ils possèdent la joie de la qui nous ont quittés en avril,implorons le Premier-Né d’entre les morts qu’ils vivent pour toujours auprès de qui nous ont quittés en mai,implorons l’Esprit de la Pentecôte qu’ils récoltent une riche moisson de vie qui nous ont quittés en juin,implorons le Christ dont l’amour nous sauve qu’ils soient comblés par sa qui nous ont quittés en juillet,implorons le Seigneur clarté pour le monde que les éclaire la lumière sans qui nous ont quittés en août,implorons le Puissant qui fait des merveilles qu’ils partagent la gloire de Notre qui nous ont quittés en septembre,implorons le Christ élevé sur la croix qu’il les prenne avec lui dans son qui nous ont quittés en octobre,implorons le Dieu trois fois saint qu’ils proclament sa gloire avec les anges du de la ParoleAnimateurA présent, ouvrons le Livre de la parole de Dieu… Oui, Dieu nous adresse une parole… une parole pour aujourd’hui, pour maintenant… Et cette parole est sûre elle apporte réconfort, espérance, bonheur…LecteurLecture de la première lettre de saint Jean 3, 1-3Voyez combien le Père nous a aimés ! Son amour est tel que nous sommes appelés enfants de Dieu – et c’est ce que nous sommes réellement. Voici pourquoi le monde ne nous connaît pas il n’a pas connu amis, nous sommes maintenant enfants de Dieu, mais ce que nous deviendrons n’est pas encore clairement révélé. Cependant, nous savons ceci quand le Christ paraîtra, nous deviendrons semblables à lui, parce que nous le verrons tel qu’il est. Tout homme qui a cette espérance en Christ se rend pur, comme Jésus Christ est et sœurs, faisons nôtre ces paroles d’espérance avec tous ceux qui crient leur espérance, spécialement devant la mort d’un être cher…On peut prendre le psaume 129 ou un chant bien connu de l’assemblée et exprimant l’espérance chrétienne.Des profondeurs je crie vers toi, Seigneur,Seigneur, écoute mon appel !Que ton oreille se fasse attentiveau cri de ma prière !Si tu retiens les fautes, Seigneur,Seigneur, qui subsistera ?Mais près de toi se trouve le pardonpour que l’homme te le Seigneur de toute mon âme ;je l’espère, et j’attends sa âme attend le Seigneurplus qu’un veilleur ne guette l’ près du Seigneur, est l’amour ;près de lui, abonde le lui qui rachètera Israëlde toutes ses laïc qui guide la prière – ou un animateur – peut lire ici ces Béatitudes pour notre temps » de Claude pour notre tempsHeureux es-tusi l’argent, le confort et tous les biensne sont pas ton unique souci ni les seules richesses de ta s’ouvrira la porte de ton coeuraux trésors d’humanité qu’il te reste à découvriret à faire fructifier pour le bonheur de es-tusi tu fermes la route à la violenceet à l’instinct de dominer tes s’ouvrira la porte de ton coeurà la force de la douceur et de la maîtrise de soi,et tu entreras en harmonie avec la es-tusi tu ne crains pas de vibrer avec ton prochainaffronté à la douleur, la solitude ou la s’ouvrira la porte de ton coeuraux larmes de la compassion et au geste qui relève,et toi aussi, tu seras es-tusi la faim et la soif de la justice gardent leur brûlure au fond de toiet font monter ta révolte devant les s’ouvrira la porte de ton cœur,et tu combattras les esclavages de tes frères et de tes sœurs ;c’est là que tu trouveras le pain qui es-tusi tu résistes au réflexe de condamner quiconqueen raison de ses faiblesses, de ses erreurs ou de ses s’ouvrira la porte de ton cœur,et tu connaîtras la joie de ne pas jugeret d’être toi-même es-tusi le regard que tu portes sur autrui est pur de tout désir s’ouvrira la porte de ton cœurà Celui dont l’Amour est plus grand que notre cœur,et tu découvriras le divin qui éclaire ta es-tusi tu te compromets pour la paixet si tu t’engages à la bâtir s’ouvrira la porte de ton cœur,et tu seras appelé du beau nom de fils de es-tusi tu acceptes de risquer ta viepour la justice et la vérité, à l’image de Jésus de s’ouvrira la porte de ton cœur,et tu entendras dans le secret, montant de l’infini,le chant nouveau du Royaume qui de la prièreInvitation à la louangeAprès avoir écouté et médité sa Parole, bénissons le Seigneur pour cette foule immense de bienheureux qui se sont laissé guider par le Christ, chemin, vérité et extraites du recueil de la CFC Louanges et intercessions»- Pour tous ceux qui t’ont obéi jour après jour, comme le Christ,en cherchant ta volonté, BÉNI SOIS-TU, SEIGNEUR!- Pour ceux qui ont annoncé ta Parole, comme le Christ,et conduit les hommes sur tes voies, BÉNI SOIS-TU, SEIGNEUR!- Pour ceux qui se sont faits tout à tous, comme le Christ,notre frère et notre Dieu, BÉNI SOIS-TU, SEIGNEUR!- Pour ceux qui ont pardonné comme le Christ,Au nom de ta miséricorde, BÉNI SOIS-TU, SEIGNEUR!- Pour ceux qui t’ont prié dans la nuit, comme le Christ,en implorant le don de l’unité, BÉNI SOIS-TU, SEIGNEUR!- Pour ceux qui t’ont offert leur vie, comme le Christ,accomplissant sa Pâques vers toi, BÉNI SOIS-TU, SEIGNEUR!- Pour ceux qui, dans toutes les religions,ont adoré ton nom! BÉNI SOIS-TU, SEIGNEUR!- Pour ceux qui ont secouru leurs frères,sans savoir qu’ils étaient le Christ parmi nous, BÉNI SOIS-TU, SEIGNEUR !- Pour les artisans de paix et de justice, qui ont servi l’humanitésans connaître son sauveur, BÉNI SOIS-TU, SEIGNEUR!- Pour ceux qui ont suivi leur conscience en toute droituresans te connaître, ni connaître le Christ, BÉNI SOIS-TU, SEIGNEUR !- Pour tous les pécheurs à qui tu as pardonnécomme le Christ, et en lui, BÉNI-SOIS TU, SEIGNEUR!Prière du Notre PèreAnimés d’une grande espérance, redisons la prière que tant de croyants ont fait monter avant nous vers le Dieu de vie. Oui, osons dire l’envoi Notre Père...Temps de l'envoiBénédiction solennelle du misselQue le Dieu de la vie vous bénisse, lui qui dans sa bonté a créé l’homme. En son Fils ressuscité des morts, il a donné aux croyants l’espérance de la résurrection. vous console dans votre peine, qu’il fasse grandir votre foi. les vivants soient pardonnés de leurs fautes, que les défunts accèdent à son Royaume. a fait l’homme pour qu’il vive. Nous croyons au Christ ressuscité des morts puissions-nous vivre éternellement avec lui. que Dieu tout puissant vous bénisse, le Père, le Fils et le Saint-Esprit. d’envoiFrères et sœurs, Jésus le Christ nous a dit Laissez les morts enterrer les morts ». Cette parole n’est pas une provocation, c’est un extraordinaire appel à vivre. Non, ne cherchons pas parmi les morts Celui qui donne la vie qui ne finit pas. Christ était mort, Christ est ressuscité, nous n’avons pas de plus grand bonheur. Rappelez-vous cette autre parole qu’il a dite Le fils de l’homme va être livré aux mains des hommes ; ils le tueront et, le troisième jour, il ressuscitera.» Cette parole s’est réalisée, elle provoque le cri de notre foi Christ est vivant, nous vivrons ; Christ viendra au jour promis, il nous prendra dans sa gloire! Nous n’avons pas de plus belle finalLe chant d’envoi permettra à l’assemblée de proclamer son adhésion à la Bonne Nouvelle du Peuple de bienheureux »W 111 invite à se mettre en marche sans regarder en arrière Au royaume de Dieu, marche joyeux ! »- Ils sont nombreux les bienheureux »W 72 chante la foule des saints anonymes de tous les temps le refrain insiste sur l’éternité de bonheur qui est promise aux amis de Dieu Éternellement heureux, éternellement heureux,dans son Royaume ! ».- Bienheureux qui reçoit la Parole »W 135 se réfère à la parabole du semeur Luc 8, 4-15 celui qui garde la Parole, celui-là produit du fruit et recevra la terre en Fais paraître ton jour »Y 53 propose une sixième strophe qui pourra annoncer la station au cimetière Par le corps de Jésus-Christ, la vraie chair de notre chair, sur la pierre des tombeaux, sur nos tombes à venir, fais paraître ton jour…»
answerchoices. Lagarce et Louis sont atteints d’une maladie mortelle. Les parents de l’auteur, comme ceux de Louis, étaient issus d’un milieu ouvrier assez modeste, le fils étant celui qui s’échappe de son milieu d’origine pour prendre un autre chemin. Il est celui qui devient comme « étranger » aux siens.
1Comme les gens de la campagne en font l'expérience, quand on retire des petits à leurs mères ─ par exemple, des chatons ─, les réactions de celles-ci peuvent être extrêmement variables ou bien elles se comportent comme si rien ne s'était passé, ou bien elles réclament leurs petits et poussent des cris déchirants pendant plusieurs jours. De l'indifférence à la douleur cette ambivalence animale peut surprendre la plupart des humains adultes au XXIe siècle, au moins dans les régions du monde et dans les catégories sociales dites avancées », c'est-à-dire où les conditions de vie sont bonnes, soit parce que ces humains se croient trop éloignés des animaux pour considérer que ceux-ci puissent exprimer des émotions, soit parce que le prix attaché à toute vie humaine rend impensable l'indifférence devant la mort du nouveau-né, du nourrisson, ou de l'enfant en bas âge. Pourtant, une telle ambivalence n'est sans doute pas propre à l'animal, et peut s'observer à des époques antérieures à la nôtre. Les conditions de vie, les conditions démographiques, sanitaires, sociales et économiques, influencent certainement de façon importante les sentiments et les émotions des adultes, ainsi que l'expression de ces sentiments et de ces émotions, face à la mort du petit enfant. Pour l'Ancien Régime, et en particulier pour le XVIe siècle, nous pouvons retenir, à titre d'hypothèse, l'interprétation de Philippe Ariès Il y en avait trop, dont la survie était si problématique ! Le sentiment était et est resté longtemps très fort qu'on faisait plusieurs enfants pour en conserver seulement quelques-uns. […] On ne pouvait s'attacher trop à ce qu'on considérait comme un éventuel déchet1 ». 2Cependant, affirmer d'emblée que la réaction des adultes, et notamment des parents, face à la mort du petit enfant, dépend uniquement des conditions de vie paraît un peu simple. Dans l'exemple animal précédent, l'observation de réactions variables selon les individus peut être faite par le même maître, dans la même maison, avec la même nourriture. Malgré des mortalités infantile et enfantine très élevées, l'époque de la découverte de l'enfance2 » n'est-elle pas aussi, pour une part, celle d'une sensibilité particulière à la vie et à la mort du petit enfant ? 3Les connaissances médicales et psychologiques actuelles indiquent que la perte d'un jeune enfant est ressentie par la mère, physiquement et psychologiquement, comme une mutilation3. Ce phénomène ne serait absolument pas lié à un environnement culturel. Il existerait indépendamment de toute culture et de toutes les conditions extérieures ─ aussi bien que la respiration et le besoin de nourriture, par exemple ─ et leur préexisterait même, comme un trait de l'homo sapiens, voire des mammifères. Inversement, les conditions de vie et l'environnement culturel peuvent interférer avec un phénomène physiologique et psychologique dans sa manifestation ou au contraire son refoulement ─ par exemple, et pour ce qui concerne la littérature, dans la forme ou l'absence de son expression verbale. Ainsi, selon les époques, le port du corset, les pratiques sportives ou la qualité de l'air interfèrent avec la respiration, les pratiques agricoles et l'art culinaire avec les besoins alimentaires. La douleur plus ou moins éprouvée par les mères à la perte de leur jeune enfant subit nécessairement un traitement culturel qu'il s'agira de préciser. Les sources littéraires étant essentiellement masculines au XVIe siècle, rien ne permet de supposer que, dans la plupart des cas, cette douleur maternelle s'exprime ou soit rapportée autrement que de façon indirecte, à supposer qu'elle soit exprimée. Il est possible que les mœurs et les conditions de vie influencent les mentalités maternelles elles-mêmes. 4D'autre part, les sources littéraires essentiellement masculines livrent certainement des témoignages plus nombreux des sentiments paternels devant la vie et la mort du jeune enfant. Encore ces sentiments trouvent-ils sans doute moins d'occasions de s'exprimer, les jeunes enfants étant au XVIe siècle, beaucoup plus que de nos jours4, confiés presque exclusivement à des femmes ─ mère ou nourrice ─ pour les soins du maternage », donc justement aux adultes qui sont très rarement des écrivains. Il n'est que de relire certaines pages du De pueris d'Erasme chaque fois que l'humaniste évoque les soins et les premiers apprentissages de la petite enfance, il les rapporte à des figures féminines, que ce soit pour y trouver des éléments de comparaison avec son propos5, ou pour critiquer un maternage trop tardif, voire néfaste6. Les sources non seulement sont paternelles, mais elles demeurent le plus souvent peu représentatives de l'ensemble des conditions sociales. Dans le chapitre de l'ouvrage collectif Histoire de l'enfance en Occident qu'elle consacre à L'enfant, la mémoire et la mort dans l'Italie des XIVe et XVe siècles7 », Christiane Klapisch-Zuber utilise abondamment les données que l'on peut tirer des livres de famille ou livres de ricordanze de familles florentines. Il s'agit toujours de livres rédigés par des hommes ─ pères ou descendants mâles8 ─ issus de familles aisées, commerçants pour la plupart. Le caractère doublement partiel des sources utilisées par l'historien se retrouve quand il s'agit des sources littéraires. Un Montaigne écrivant ses Essais rédige une œuvre d'une toute autre ampleur et d'une tout autre portée qu'un livre de famille ─ même si l'avis au lecteur » de mars 1580 lui assignait une fin domestique et privée » ; pourtant, certaines pages du livre évoquent la vie familiale de l'auteur tandis que celui-ci, par son sexe, sa fonction paternelle, sa catégorie sociale, occupe une place comparable à celle des rédacteurs de livres de ricordanze. 5Deux autres genres littéraires pourront nous éclairer sur la sensibilité à la vie des enfants en bas âge le roman rabelaisien d'une part, et d'autre part la poésie officielle héritée des Grands Rhétoriqueurs, telle que la pratique Marot dans L'Avant-naissance du troisième enfant de Madame, Madame la duchesse de Ferrare. Il faudra bien sûr faire la part du type de personnage et du genre littéraire, chaque fois que nécessaire. 6Avant d'aborder directement le XVIe siècle, un détour par l'Antiquité et par l'époque contemporaine va nous permettre de prendre quelques repères chronologiques et anthropologiques, voire de constater l'existence d'invariants, de données propres à l'espèce humaine en dehors de la temporalité. Entre ces deux bornes, nous nous demanderons ce qu'il en est du XVIe siècle français, et, plus largement, de la Renaissance européenne. Néron et Claudia Augusta, Camille Laurens et Philippe 7Dans les Annales, Tacite relate la joie de Néron à la naissance de sa fille Claudia Augusta, puis le désespoir causé par la mort de l'enfant Memmio Regulo et Verginio Rufo consulibus, natam sibi ex Poppaea filiam Nero ultra mortale gaudium accepit appellavitque Augustam, dato et Poppaeae eodem cognomento. Locus puerperio colonia Antium fuit, ubi ipse generatus erat. Jam senatus uterum Poppaeae commendaverat dis votaque publice susceperat, quae multiplicata exsolutaque. Et additae supplicationes templumque Fecunditatis et certamen ad exemplar Actiacae religionis decretum, utque Fortunarum effigies aureae in solio Capitolini Jovis locarentur, ludicrum circense, ut Juliae genti apud Bovillas, ita Claudiae Domitiaeque apud Antium ederetur. Quae fluxa fuere, quartum intra mensem defuncta infante. Rursusque exortae adulationes censentium honorem divae et pulvinar aedemque et sacerdotem ; atque ipse, ut laetitiae, ita maeroris immodicus egit. Sous le consulat de Memmius Regulus et de Verginius Rufus, Poppée mit au monde une fille, que Néron accueillit avec une joie plus qu'humaine ; il l'appela Augusta et donna le même surnom à Poppée. L'accouchement eut lieu dans la colonie d'Antium, où lui-même était né. Déjà le sénat avait recommandé aux dieux la grossesse de Poppée et prononcé des vœux au nom de l'Etat ; ils furent multipliés et exécutés. On y ajouta des supplications, un temple de la Fécondité et un concours à l'image des cérémonies d'Actium, et l'on décida que des statues en or des deux Fortunes seraient placées sur le trône de Jupiter Capitolin et que les jeux du cirque institués à Bovillae en l'honneur de la famille Julia seraient donnés aussi à Antium pour les familles Claudia et Domitia. Ces mesures devinrent caduques, l'enfant étant morte avant l'âge de quatre mois. De là surgirent de nouvelles adulations, le vote des honneurs divins, d'un coussin sacré, d'un temple et d'un prêtre ; quant à Néron, de même que son allégresse, son chagrin fut démesuré9. 8Tacite insiste sur l'excès, sur l'extravagance des sentiments de Néron et de leur expression officielle. La notion d'hybris n'est pas loin et signale la disproportion entre les événements et leur résonance sur Néron. Pour Tacite, conformément aux traditions romaines, la mort d'un enfant de moins de un an ne justifie pas de deuil10. De plus, comme l'a montré la critique des sources historiographiques sur Néron, Tacite et d'autres historiens de l'Antiquité ont dressé un portrait extrêmement partial et défavorable de l'empereur. Depuis l'ouvrage d' Eugen Cizek, les recherches s'orientent vers la mise en évidence d'une contradiction entre la sensibilité et les goûts d'artiste de Néron d'une part, et les contraintes de l'exercice du pouvoir et de la dignité de la fonction impériale d'autre part11. Bien des comportements de Néron durent choquer ses contemporains, qui les considéraient comme autant d'extravagances. La douleur éprouvée et extériorisée à la perte de la petite Claudia en fit sûrement partie, même si les sources concernant d'autres enfants morts en bas âge ne laissent guère de doutes sur la sensibilité des Romains et des auteurs grecs de l'époque de Néron à ce type d'événement12. C'est sans doute le père et l'homme sensible, d'une sensibilité artiste, qui réagit, plus que l'empereur, pour qui la perte d'un descendant mâle aurait été d'une autre conséquence. 9A la fin du XXe siècle, une femme, Camille Laurens, raconte dans un petit livre la joie de l'enfant à venir et le chagrin immense de la perte de cet enfant âgé de quelques heures13. Elle le fait tantôt avec la crudité lucide de la révolte, tantôt avec un lyrisme déchirant, toujours avec une grande dignité. Ici la détresse se double de la révolte contre un malheur que les moyens du temps auraient dû éviter. L'évocation du désespoir du père, Yves, pour être indirecte, n'en a pas moins de force Yves, prévenu au Maroc de l'accouchement, attrape un avion dans l'après-midi. Il a le voyage pour espérer. Ce n'est qu'à Paris, la nuit, en appelant de la gare de Lyon, qu'il apprend que notre bébé est mort. Lorsqu'il sort de la cabine, des clochards qui cherchent la bagarre, malgré son bronzage et son beau manteau noir, s'écartent pour le laisser passer14. 10Malgré l'écart temporel et culturel, le chagrin de l'empereur romain et celui de l'homme moderne » qui prend l'avion sont-ils si différents ? Quant aux réactions variables de l'entourage, des amis », elles font songer à la réticence romaine devant le deuil officiel et à la critique de Tacite Il y a ceux pour qui ça n'est pas bien grave dans leur bouche, la naissance devient une sorte d'extrême fausse couche, et ils s'étonnent de l'enterrement comme d'un luxe au romantisme excessif. Il y a ceux qui établissent une hiérarchie du malheur le pire, c'est quand même de perdre un enfant, un vrai, une fillette de sept ans ou un fils de vingt ans ─ ils ont tous des exemples. Là, c'est vraiment terrible, car les parents restent avec leurs souvenirs15. 11Le rapprochement peut certes sembler audacieux. Si, selon le mot célèbre d'un seiziémiste, l'anachronisme est le péché mortel en histoire16, cela suppose cependant que tout change et que tout soit culturel. Or, nous l'avons rappelé en commençant, l'espèce humaine est la même depuis l'apparition de l'homo sapiens. La culture existe, mais la nature aussi. C'est le dialogue entre les deux et entre les disciplines qui peut s'avérer intéressant sur une question comme celle-ci. Pour revenir à Claudia Augusta et à Philippe, peut-on recenser brièvement les ressemblances et les différences entre les deux situations et les deux sensibilités ? 12Les moyens techniques de la surveillance de la grossesse au XXe siècle permettent aux parents de se projeter davantage dans l'avenir. Ils connaissent le sexe de l'enfant et choisissent son prénom Il y a ceux qui établissent une hiérarchie du malheur le pire, c'est quand même de perdre un enfant, un vrai, une fillette de sept ans ou un fils de vingt ans ─ ils ont tous des exemples. Là, c'est vraiment terrible, car les parents restent avec leurs souvenirs. Je ne dis rien. Je garde pour moi le bruit de son cœur qui battait à chaque consultation, ses cabrioles sur l'écran de l'échographie On t'a vu à la télévision », lui racontait Yves, le soir, nos conversations à trois quand nous lui demandions s'il était d'accord pour s'appeler Philippe et qu'il nous répondait en morse ; je garde pour moi la mémoire des nuits, la plénitude, et puis toutes les autres images, les pages du livre de sable Philippe apprenant à lire, Philippe me dépassant d'une tête, Philippe montant sur le podium comme son arrière-grand-père, au son de la Marseillaise […], le sourire de Philippe. Peu importe l'âge auquel meurt un enfant si le passé est court, demain sera sans limites. Nous portons le deuil le plus noir, celui du possible. Tous les parents pleurent les mêmes larmes ils ont des souvenirs d'avenir17. 13Le dialogue tactile et vocal avec l'enfant, lui, est certainement de toutes les époques, au moins pour la mère, avec une participation variable du père. Quant à la projection dans l'avenir et au travail de l'imagination, ils n'ont pas besoin des images très imprécises de l'échographie pour s'effectuer. 14Quelles que soient les évolutions techniques, l'environnement socio-économique ou culturel, on s'aperçoit que le désir d'enfant est déterminant. Tacite écrit que Néron aimait passionnément Poppée et désirait des enfants18. Ce désir peut exister quelle que soit l'époque. Cependant, il peut prendre des formes différentes. Dans les deux exemples précédents, il s'agit, semble-t-il, non pas du désir d'une descendance ou d'un héritier, mais du désir de mettre au monde un individu et de favoriser son épanouissement personnel. C'est précisément ce qui rend l'enfant irremplaçable. L'idée que l'on fait plusieurs enfants pour en conserver seulement quelques-uns19 » appartient à une sensibilité que l'on pourrait qualifier de quantitative ». 15La différence majeure entre le deuil de Claudia et celui de Philippe réside dans l'existence d'un livre écrit par la mère et destiné à compenser l'absence J'écris pour dire Je t'aime. Je crie parce que tu n'as pas crié, j'écris pour qu'on entende ce cri que tu n'as pas poussé en naissant ─ et pourquoi n'as-tu pas crié, Philippe, toi qui vivais si fort dans mes ténèbres ? J'écris pour desserrer cette douleur d'amour, je t'aime, Philippe, je t'aime, je crie pour que tu cries, j'écris pour que tu vives. Ci-gît Philippe Mézières. Ce qu'aucune réalité ne pourra jamais faire, les mots le peuvent. Philippe est mort, vive Philippe. Pleurez, vous qui lisez, pleurez que vos larmes le tirent du néant20. 16Néron, le père, avait le pouvoir de faire voter des honneurs et des symboles mémoriels21. Dix-neuf siècles plus tard, c'est une mère qui tient la plume et conjure la mort de son enfant. 17Ces deux deuils ont enfin un point commun ils s'inscrivent tous deux sur un fond de banalisation, voire de déni. Données démographiques et sensibilités du XIVe au XVIe siècle 18Entre ces deux repères, qu'en est-il du XVIe siècle français, et, plus largement, de la Renaissance européenne ? L'époque de la découverte de l'enfance » est-elle aussi celle d'une sensibilité particulière à la vie et à la mort du petit enfant ? 19Dans l'Antiquité comme au Moyen Âge et au-delà de la Renaissance, la mortalité infantile et enfantine est très élevée en Europe occidentale. C'est un trait constant, même s'il existe des variations liées par exemple aux épidémies, comme la Peste Noire du XIVe siècle. Même en dehors de ces périodes critiques, Une étude systématique des données biographiques consignées par les Florentins des classes aisées dans leurs ricordanze permet aujourd'hui de donner quelque substance à l'affirmation souvent répétée, mais mal établie, d'une redoutable érosion des cohortes de nouveau-nés pendant l'enfance. Nous pouvons en effet l'estimer avec une relative précision, inhabituelle pour la fin du Moyen Âge, en reconstituant » les familles et le destin de la descendance des couples. Cette étude, portant sur près d'un millier d'enfants nés de 152 unions légitimes entre 1300 et 1550, révèle que, globalement, 20% d'entre eux étaient morts avant l'âge de trois ans […], 30% avant celui de dix ans, et 34% avant d'avoir atteint quinze ans et l'adolescence22. 20Ces chiffres s'accusent avec la peste ─ ainsi, de 1348 à 1449, c'est avant l'âge d'un an que 20% d'enfants meurent ─ et la mortalité est plus élevée chez les filles, même après 1500. De façon générale, Le niveau de cette mortalité enfantine pèche sans doute par sous-évaluation plutôt que par surestimation ; il n'en représente pas moins une approximation plausible. Il est assurément assez proche de celui qu'on observe au XVIIe siècle23. 21Le propos de P. Ariès, que nous avions retenu à titre d'hypothèse, paraît donc corroboré par ces études plus récentes. La sensibilité à la perte d'un enfant, et en particulier d'un enfant en bas âge, serait émoussée, selon lui, par la fréquence de ce genre d'événement. À cette banalisation et à ce refoulement s'ajoutent peut-être d'autres phénomènes. 22Dans les livres de ricordanze consultés par C. Klapisch-Zuber, l'expression des sentiments éprouvés par les parents à la naissance ou à la mort d'un enfant est rare. La formulation en reste souvent stéréotypée même les textes les plus prolixes expriment avant tout l'acceptation chrétienne de la mort des tout-petits, d'ordinaire admise avec fort peu d'emphase ». La piété se teinte parfois d'attendrissement pour une enfant de trois mois morte en 1509, mais, la plupart du temps, l'espérance placée par ses parents dans l'enfant prématurément disparu nous est peu déchiffrable24 ». Le deuil paraît bien plus perceptible quand il s'agit d'un garçon que d'une fille, et d'un garçon ayant déjà franchi les premières étapes de l'enfance, promettant d'être un bon marchand et un bon citoyen » et de perpétuer la famille et le nom. Les deux exemples que donne C. Klapisch-Zuber sont ceux de garçons âgés de neuf et de quatorze ans. 23À partir de là, les constats et les hypothèses que l'on peut formuler ─ et garder en mémoire pour aborder Les Essais de Montaigne ─ sont les suivants 24─ l'intérêt des scripteurs des livres de ricordanze pour leurs jeunes enfants semble augmenter avec l'âge des enfants, et être bien plus grand lorsqu'il s'agit d'un enfant mâle ; 25─ il est possible que l'enfant qui grandit ou qui a déjà grandi suffisamment suscite un intérêt plus grand parce que les parents, et surtout le père, savent qu'il a déjà échappé à un certain nombre de dangers, notamment à des maladies, et que les chances de le garder en vie augmentent elles aussi, la courbe de la mortalité tendant à se tasser avec l'âge ; 26─ il est très probable que l'intérêt paternel s'accroisse au fur et à mesure que l'enfant grandit, parce que celui-ci sort du cadre du maternage et se trouve plus souvent au contact de son père ; 27─ il est très probable aussi que, pour un enfant mâle, ses éventuelles qualités d'écolier ou de fils obéissant, perceptibles lorsqu'il est sorti de la prime enfance, correspondent davantage à l'attente paternelle d'un héritier, d'un continuateur, d'un représentant de la famille. C. Klapisch-Zuber rappelle que les filles ont pour vocation de quitter la famille, telles les sœurs et les épouses représentées par les arbres généalogiques de la fin du XVe siècle, assises sur une branche coupée ou déracinée25 ». Montaigne et ses enfants 28Dans Les Essais de Montaigne, un certains nombre de passages évoquent la vie familiale et mêlent à un propos lui-même bigarré, multiple, changeant, le fil de ce qui aurait pu être un livre de famille » à la manière des livres de ricordanze des commerçants florentins. On peut ainsi relever l'essai XIV du livre I, Que le goût des biens et des maux dépend en bonne partie de l'opinion que nous en avons » ─ avec pour exemple principal celui de la mort ─, le chapitre VIII du livre II, De l'affection des pères aux enfants », et le chapitre V du livre III, Sur des vers de Virgile ». Désintérêt et répugnance paternels pour les nourrissons 29L'essai II, VIII critique l'affection spontanée des pères pour leurs enfants et souligne, chez Montaigne, une difficulté ─ spontanée elle aussi, dirait-on, mais non soumise à critique ─ à supporter la proximité des bébés, même ceux dont il est le père [A] […] la seule raison doit avoir la conduite de nos inclinations. J'ai, de ma part, le goût étrangement mousse [émoussé] à ces propensions qui sont produites en nous sans l'ordonnance et entremise de notre jugement. Comme, sur ce sujet dequoi je parle, je ne puis recevoir cette passion dequoi on embrasse les enfants à peine encore nés, n'ayant ni mouvement en l'âme, ni forme reconnaissable au corps, par où ils se puissent rendre aimables. [C] Et ne les ai pas soufferts volontiers nourris près de moi26. 30P. Villey transcrit en note le mot nourris » par élevés », mais ce n'est peut-être pas nécessaire, car en évoquant le premier âge, il est probable que Montaigne pense aux nourrissons il aurait donc pratiqué l'hébergement d'une nourrice, comme le faisaient les familles les plus aisées de Florence décrites par C. Klapisch-Zuber, contrairement à des familles plus modestes qui se séparaient de leur enfant pour qu'il soit allaité à la campagne ─ tandis que certains enfants pauvres, dont la mère en nourrissait d'autres, étaient confiés à l'hospice, les familles plus aisées réclamant l'exclusivité pour leur enfant, ou encore nourris par des animaux27. 31Il s'agit bien des enfants que Montaigne n'a pas eu le temps de voir grandir Ils meurent tous en nourrice28 », écrit-il dix pages avant, mentionnant dans le livre III sa fille unique, Léonor Ma fille c'est tout ce que j'ai d'enfants est en l'âge auquel les lois excusent les plus échauffées de se marier29. 32Comme on l'a souvent relevé, l'allaitement pouvait durer jusqu'à l'âge de trois ans c'est le cas pour la Juliette de Shakespeare, qui met en scène la nourrice de la jeune fille. C'est donc bien le premier âge, l'âge du maternage et des nourrices dont Montaigne se désintéresse, ou même qui lui répugne. La proximité des bébés est une affaire de femmes. Si la nourrice ou l'épouse de Montaigne avaient pu s'exprimer à ce sujet, elles auraient peut-être pu affirmer que les tout-petits ont des mouvements en l'âme » et une forme reconnaissable au corps ». Quant à l'expression surprenante d' enfants à peine encore nés », elle n'est peut-être pas seulement le fait d'une exagération teintée de mépris pour le père, il est bien possible que la naissance » intervienne plus tard. Ainsi, [A] Une vraie affection et bien réglée devrait naître et s'augmenter avec la connaissance qu'ils nous donnent d'eux ; et lors, s'ils le valent, la propension naturelle marchant quant et la raison, les chérir d'une amitié vraiment paternelle ; et en juger de même, s'ils sont autres, nous rendant toujours à la raison, nonobstant la force naturelle. Il en va fort souvent au rebours ; et le plus communément nous nous sentons plus émus des trépignements, jeux et niaiseries puériles de nos enfants que nous ne faisons après de leurs actions toutes formées, comme si nous les avions aimés pour notre passetemps, [C] comme des guenons, non comme des hommes30. 33La répartition des tâches entre les hommes et les femmes cause le désintérêt paternel et le renforce en ce qu'elle empêche le père de connaître précocement son enfant ; ne le connaissant pas, il attend que ce soit lui qui lui donne connaissance » de lui-même. Cette méconnaissance, ajoutée à la critique d'une certaine incohérence des parents, conduit à l'image caricaturale ajoutée dans l'exemplaire de Bordeaux. Les enfants se trouvent ravalés au rang d'animaux de compagnie, et défigurés. Bien qu'il s'agisse de critiquer une attitude banale des adultes, les enfants qui n'ont pas encore donné connaissance » d'eux sont présentés comme des jouets vivants. Leur part d'humanité n'a pas encore émergé de leur nature informe, et toute émotion spontanée ressentie à leur contact doit être refoulée car non fondée en raison. 34Cette indifférence, cette froideur, cette méfiance pour ses propres émotions n'appartiennent pas seulement à une première rédaction des Essais dans laquelle la sagesse exigeante, voire arrogante, de Montaigne pouvait les expliquer ; l'ajout de l'exemplaire de Bordeaux montre que la pensée de Montaigne s'est consolidée sur ce point. Pourtant, quand il s'agit d'enfants plus âgés, en âge de fréquenter l'école ou d'avoir un précepteur, l'auteur des Essais donne des preuves d'une grande capacité d'empathie. Dans l'essai I, XXVI, De l'institution des enfants », tantôt il montre la difficulté du rôle du pédagogue en soulignant la nécessité de s'adapter au niveau de l'élève31, tantôt il emploie une première personne du pluriel pour s'associer au chœur des enfants ─ leur donnant ainsi la parole ─ et de tous ceux, adultes ou enfants, que l'on gave comme des oies ou que l'on torture à force de bourrage de crâne32, tantôt il écrit un réquisitoire véhément et plein de sensibilité contre les châtiments corporels33. C'est donc bien qu'à partir d'un certain âge, sans doute l'âge des acquisitions scolaires, l'enfant devient beaucoup plus intéressant pour Montaigne, beaucoup plus qu'à l'âge du nourrisson. Cette différence d'attitude s'explique sans doute essentiellement par la répartition des tâches au sein de la famille, le père se préoccupant encore moins du petit enfant que la mère qui se décharge sur une nourrice. Quel deuil pour la perte d'enfants en nourrice ? 35Quand il s'agit des enfants que Montaigne a perdus, la phrase dans laquelle il livre son insensibilité relative a souvent été citée par les historiens, mais sortie de son contexte. Dans l'essai I, XIV, Que le goût des biens et des maux dépend en bonne partie de l'opinion que nous en avons », Montaigne cite des exemples de mépris de la douleur, non seulement physique, mais aussi morale. Un paragraphe est consacré à des personnages ayant perdu leurs enfants. On lit dans l'exemplaire de Bordeaux [C] Q. Maximus enterra son fils consulaire, M. Cato le sien prêteur désigné ; et L. Paulus les siens deux en peu de jours, d'un visage rassis et ne portant aucun témoignage de deuil. Je disais en mes jours de quelqu'un en gaussant, qu'il avait choué [trompé] la justice divine car la mort violente de trois grands enfants lui ayant été envoyée en un jour pour un âpre coup de verge, comme il est à croire, peu s'en fallut qu'il ne la print à gratification. Et j'en ai perdu, mais en nourrice, deux ou trois, sinon sans regret, au moins sans fâcherie. Si n'est-il guère accident qui touche plus au vif les hommes34. 36La phrase que nous soulignons est celle que l'on cite souvent. On commente la figure de correction qui la clôt, on souligne l'absence de peine, de souffrance, mais on relève rarement l'étrange imprécision deux ou trois ». Peu importe le nombre, peu importe s'il n'en a pas gardé le souvenir on dirait qu'il s'agit de cadavres d'animaux prestement enterrés, ou d'objets ─ des déchets », selon le mot de Philippe Ariès. Ce ne sont pas des individus, c'est une quantité vague, un lot. C'est en quelque sorte le tribut payé à la mort pour pouvoir garder au moins un enfant ─ la jeune Léonor de l'essai III, V. Tandis que la dernière phrase souligne l'acuité de ce type de douleur, et que les exemples précédents sont présentés comme un idéal de stoïcisme ─ il s'agit de grands enfants » ─, l'incise mais en nourrice » semble viser à diminuer la sagesse de Montaigne, à atténuer son mérite. La référence à l'âge de ses enfants sert donc de clause de modestie. 37Le texte de l'édition de 1595 ─ réalisée à partir d'une copie, fautive, mais parfois plus complète, de l'exemplaire de Bordeaux ─ est légèrement différent […] peu s'en fallut qu'il ne la print à faveur et gratification singulière du ciel. Je n'ensuis pas ces humeurs monstrueuses ; mais j'en ai perdu en nourrice deux ou trois, sinon sans regret, au moins sans fâcherie. Si n'est-il guère accident qui touche plus au vif les hommes35. » 38L'exemple d'extrême stoïcisme, marqué d'une plus grande emphase, est devenu monstrueux, et Montaigne marque nettement sa différence. La référence aux nourrissons n'apparaît plus comme une clause de modestie par rapport à un idéal, mais comme une situation banale. L'accent s'est donc déplacé de façon à proposer une sagesse plus accessible et dénuée d'excès, mais le résultat, pour les sentiments à l'égard des enfants, reste identique d'un côté, la douleur, de l'autre, les regrets. Bien entendu, tous les exemples cités, y compris le sien, sont des exemples de pères. Les mères et les nourrices éprouvent peut-être de la fâcherie » ; elles se souviennent sans doute précisément du nombre d'enfants morts, pour les avoir portés dans leur ventre ou sur leurs bras il n'est pas question d'elles. 39La relative indifférence de Montaigne pour ses enfants en bas âge et pour leur mort a tout de même de quoi surprendre, si l'on pense que les Œuvres morales de Plutarque lui ont servi de livre de chevet pendant des années, en particulier pendant la période qui sépare la première de la seconde édition. C'est de l'exemplaire de Bordeaux que proviennent les lignes que nous venons de citer. Certes, Montaigne n'avait pas encore lu Plutarque quand il écrivait [A] […] Comme, sur ce sujet dequoi je parle, je ne puis recevoir cette passion dequoi on embrasse les enfants à peine encore nés, n'ayant ni mouvement en l'âme, ni forme reconnaissable au corps, par où ils se puissent rendre aimables. [C] Et ne les ai pas soufferts volontiers nourris près de moi36, 40mais, quand il écrivait j'en ai perdu en nourrice deux ou trois, sinon sans regret, au moins sans fâcherie », il avait certainement parcouru ces lignes de Plutarque, très touché par la mort de sa fille de deux ans Un charme tout particulier s'attache, en outre, à l'amour que l'on porte aux enfants d'un âge si tendre la joie qu'ils nous donnent est si pure et si libre de toute colère et de tout reproche ! La nature avait donné à notre fille une amabilité et une douceur merveilleuses ; sa manière de répondre à notre tendresse et son empressement à faire plaisir nous ravissaient tout à la fois et nous révélaient la bonté de son caractère37. 41La première personne du pluriel de la dernière phrase revêt un emploi que l'on ne trouve pas dans Les Essais elle désigne les deux parents. Le propos même de Plutarque ─ consoler sa femme ─ paraît éloigné des préoccupations de Montaigne. Montaigne et Léonor 42Une autre particularité de Montaigne en tant que père, c'est qu'il ne lui reste qu'une fille, Léonor. Alors qu'elle est adolescente ─ elle est née en 1571 et il s'agit du texte de la seconde édition ─, il évoque son statut de fille unique avec un peu de dépit Ma fille c'est tout ce que j'ai d'enfants est en l'âge auquel les lois excusent les plus échauffées de se marier38. 43L'importance du descendant mâle a été facilement repérée par C. Klapisch-Zuber39, et, s'il en fallait une preuve supplémentaire, on pourrait citer Erasme dans le De pueris40, lorsqu'il s'adresse, dès les premières lignes, au père destinataire de sa declamatio Après avoir été longtemps sans espoir que ta femme dût avoir lignée, j'ai entendu qu'elle est accouchée, voire et d'un enfant mâle […]41 […] qu'est-il rien de plus cher que le fils spécialement unique, dedans lequel s'il était licite, nous voudrions même épandre et écouler notre vie, non seulement nos richesses42 ? 44Dans l'essai III, V, Sur des vers de Virgile », Montaigne indique qu'il se soucie assez peu de l'éducation de Léonor, laissée aux soins de sa gouvernante, mais qu'il lui arrive d'écouter tout de même la leçon sans en avoir l'air43. Il rappelle à l'occasion que l'éducation des filles est avant tout une préparation au mariage, constat déjà fait par C. Klapisch-Zuber pour une époque antérieure. Pourtant, sur une question à laquelle Montaigne tient particulièrement, et qui concerne la petite enfance, la sensibilité du père et de l'éducateur est perceptible il s'agit de la question des méthodes d'éducation, du refus de la violence et des châtiments corporels. 45Nous avons déjà rencontré Léonor, en effet, plus jeune, dans le livre II, précisément dans l'essai VIII, De l'affection des pères aux enfants ». Abordant la question générale de la violence dans l'éducation, Montaigne illustre doublement sa thèse par l'éducation qu'il a reçue, et par celle qu'a reçue Léonor [B] J'accuse toute violence en l'éducation d'une âme tendre, qu'on dresse pour l'honneur et la liberté. Il y a je ne sais quoi de servile en la rigueur et la contrainte ; et tiens que ce qui ne se peut faire par la raison, et par prudence et adresse, ne se fait jamais par la force. On m'a ainsi élevé. Ils disent qu'en tout mon premier âge je n'ai tâté des verges qu'à deux coups, et bien mollement. J'ai dû la pareille aux enfants que j'ai eus ; ils meurent tous en nourrice ; mais [C] Léonor, [B] une seule fille qui est échappée à cette infortune, a atteint six ans et plus, sans qu'on ait employé à sa conduite et pour le châtiment de ses fautes puériles, l'indulgence de sa mère s'y appliquant aisément, autre chose que paroles, et bien douces. Et quand mon désir y serait frustré [quand les espérances que je mets en elle seraient déçues], il est assez d'autres causes auxquelles nous prendre, sans entrer en reproche avec ma discipline, que je sais être juste et naturelle44. 46La pensée et le ton employé sont comparables à ceux de l'essai I, XXVI, De l'institution des enfants45 ». On constate que, de la seconde édition à l'exemplaire de Bordeaux, Montaigne a ajouté le prénom de la fillette, peut-être pour des raisons de rythme et d'euphonie, sans doute par souci de précision et d'une plus grande véracité, conduisant à faire exister davantage l'enfant comme individu. Montaigne, les mères et les nourrices 47Un autre aspect de ce témoignage, c'est qu'on y entraperçoit très fugitivement la figure maternelle. La convergence dans le tempérament et le comportement éducatif entre les époux se trouve brièvement signalée c'est certainement un ciment de plus de la relation conjugale. Cependant, la mise en valeur du rôle de la mère correspond aussi à la prédominance de ce rôle dans les premières années de l'enfant. 48Le point de vue de Françoise de la Chassaigne, devenue l'épouse de Montaigne, nous fait défaut si souvent que cette simple mention paraît précieuse. Sur la mort des nourrissons, nous l'avons dit, Montaigne ne donne que son propre sentiment. Pourtant, il lui arrive de faire preuve de compréhension vis-à-vis des femmes aussi, par exemple lorsqu'il écrit, dans l'essai III, V Les femmes n'ont pas tort du tout quand elles refusent les règles de vie qui sont introduites au monde, d'autant que ce sont les hommes qui les ont faites sans elles46. 49[…] je dis que les mâles et femelles sont jetés en même moule sauf l'institution et l'usage, la différence n'y est pas grande47. 50Inversement, l'inégalité des sexes et le patriarcat peuvent reprendre leurs droits, par exemple quand, à propos du refus de la violence dans l'éducation, Montaigne écrit J'eusse été beaucoup plus religieux [scrupuleux] encore en cela envers des mâles, moins nés à servir et de condition plus libre j'eusse aimé à leur grossir le cœur d'ingénuité et de franchise48. 51Si Montaigne paraît faire preuve d'empathie, dans certains cas, vis-à-vis des femmes, il n'en va peut-être pas de même quand il s'agit de la maternité. L' allaitement mercenaire49 », pratique courante dans les milieux nobles et aisés, est décrit par Montaigne dans l'essai II, VIII, ainsi que l'allaitement des enfants de nourrices par des chèvres Au demeurant, il est aisé à voir par expérience que cette affection naturelle, à qui nous donnons tant d'autorité, a les racines bien faibles. Pour un fort léger profit, nous arrachons tous les jours leurs propres enfants d'entre les bras des mères, et leur faisons prendre les nôtres en charge ; nous leur faisons abandonner les leurs à quelque chétive nourrice à qui nous ne voulons pas commettre les nôtres, ou à quelque chèvre ; leur défendant, non seulement de les allaiter, quelque danger qu'ils en puissent encourir, mais encore d'en avoir aucun soin, pour s'employer du tout au service des nôtres50. 52La description des pratiques de l'allaitement est au service de la critique d'une idée reçue l'attachement produit par les liens du sang. Montaigne affirme ensuite que la nourrice s'attache à l'enfant qui lui est confié plus qu'au sien, que l'enfant tétant une chèvre s'attache à cette chèvre-là exclusivement, et réciproquement pour la chèvre, et conclut Les bêtes altèrent et abâtardissent aussi aisément que nous l'affection naturelle. 53Comme souvent, ce qui est surprenant, c'est l'emploi variable de la première personne du pluriel dans Les Essais. Tandis que la phrase de conclusion englobe les pères dans cette généralité, et porte sur le sujet de l'essai tout entier, De l'affection des pères aux enfants », la première personne du pluriel a été employée, dans tout le paragraphe, pour opposer les pères aux nourrices, qui sont aussi des mères. La maternité paraît si éloignée des préoccupations de Montaigne qu'à aucun moment il ne mentionne les mères de familles nobles ou aisées qui confient leurs enfants à ces nourrices, de leur plein gré, par habitude, ou par nécessité51. Les nourrices, du sexe opposé à celui de l'auteur, appartenant de plus à une classe sociale inférieure, sont évoquées d'une façon tellement distanciée que le ton pourrait être celui d'un naturaliste ou d'un éleveur décrivant des comportements d'animaux. Ces pratiques sont décrites et admises telles qu'elles sont, sans aucune critique. À peine un léger doute moral affleure-t-il dans la concessive quelque danger qu'ils en puissent encourir », quand il s'agit des enfants des nourrices abandonnés à une mauvaise nourrice ou à une chèvre, susceptibles d'être sous-alimentés ou négligés, voire de mourir52. 54Dans les essais II, VIII et III, V, la compréhension dont fait preuve Montaigne envers les femmes concerne donc bien plus les maîtresses que les mères. Celles-ci, quand elles appartiennent à la noblesse ou à la bourgeoisie, n'apparaissent presque pas. A une exception près que nous avons indiquée, elles sont pour ainsi dire privées de présence, privées de parole, privées de chagrin aussi pour la mort des tout-petits. Quant aux nourrices, elles sont surtout présentées comme des domestiques, et leur comportement n'est mentionné que pour servir une démonstration qui concerne l'amour paternel. On pourra cependant retenir la phrase de l'essai I, XIV, qui conclut sur la perte d'un enfant en général Si n'est-il guère accident qui touche plus au vif les hommes53, 55où l'on peut supposer que par hommes », Montaigne entend homines plutôt que viri, ce qui inclurait les mères. 56La joie liée à la naissance et la douleur causée par la perte d'un enfant en bas âge restent donc assez discrètes dans Les Essais. Contrairement à Plutarque, Montaigne se montre peu sensible au charme des nourrissons et des tout jeunes enfants. Ceci paraît résulter essentiellement de la répartition des rôles entre le père et la mère dans la noblesse et la bourgeoisie. Comme à Florence, le père ne s'intéresse que plus tard à l'enfant, et surtout à l'enfant mâle. L'expression du point de vue maternel est quasi absente. On a le sentiment que le père et la mère, mais aussi le père et la nourrice, ne vivent pas tout à fait sous le même toit, ou bien ne vivent pas du tout la même parentalité. La douleur maternelle, plus ou moins vive mais naturelle lors de la perte d'un enfant en bas âge, dont les Consolations de Plutarque se faisaient l'écho, est purement et simplement passée sous silence, ignorée, dans Les Essais. Marot et l'enfant à naître de la duchesse de Ferrare 57Environ trente-cinq ans avant que Montaigne ne se retire dans sa librairie » pour écrire Les Essais, soit en 1535, Clément Marot composait, pour la seconde fille de Louis XII, Renée de France, devenue duchesse de Ferrare par son mariage avec Hercule d'Este, un poème célébrant par avance54 la naissance de son troisième enfant Avant naissance du troisième enfant de Madame, Madame la duchesse de FerrarePetit enfant, quel que sois, fille ou fils,Parfais le temps de tes neuf mois préfixHeureusement, puis sors du royal ventre,Et de ce monde en la grand lumière entre. Entre sans cri, viens sans peur en lumière,Viens sans donner détresse coutumièreA la mère humble, en qui Dieu t'a fait d'un doux ris commence à la que fais lui auras connaissance,Prends peu à peu nourriture et croissance,Tant qu'à demi tu commences à parler,Et tout seulet, en tripignant55 allerSur les carreaux de ta maison prospèreAu passe-temps de ta mère et ton père,Qui de t'y voir un de ces jours prétendentAvec ton frère et ta sœur, qui t' hardiment, car quand grandet serasEt qu'à entendre un peu commenceras,Tu trouveras un siècle pour apprendreEn peu de temps ce qu'enfant peut comprendre56. […] 58À propos de ce long poème ─ dont nous n'avons reproduit que le début ─, Gérard Defaux a rappelé que Marot s'inspirait de la IVe bucolique de Virgile, et que la dimension prophétique et messianique était essentielle dans cette version destinée aux réformateurs57. Il a également observé l'originalité de cet appel à la vie, marqué par un optimisme évangélique. On perçoit en effet l'élan, l'enthousiasme de cet appel pressant, formulé par de nombreux impératifs et futurs. Le poème entier est tourné vers l'avenir, vers la promesse de temps éclairés par la vraie foi. Il s'agit d'annoncer un âge d'or, comme dans le poème de Virgile, mais la différence réside dans le rôle dévolu à l'enfant le troisième enfant de la duchesse de Ferrare n'est pas à l'origine de ce nouvel âge d'or, contrairement à ce qui est affirmé dans l'églogue virgilienne. 59Ainsi, d'une part, l'optimisme évangélique rejaillit sur la façon d'envisager l'enfance. Dans les vers 37 à 42, Marot rejette ce qu'on pourrait appeler le deuil de la naissance Viens sain et sauf, tu peux être assuréQu'à ta naissance il n'y aura pleuréA la façon des Thraces lamentantLeurs nouveau-nés, et en grand deuil chantantL'ennui, le mal et la peine asservieQu'il leur fallait souffrir en cette vie. 60En fait, cette anecdote, tirée indirectement d'Hérodote, rejoint un thème repérable aussi bien dans la tragédie grecque que dans la Bible et, de façon appuyée, dans le De miseria humanæ condicionis d'Innocent III il s'agit du thème de l'enfant avorton, qui consiste à regretter d'être né, ou que d'autres le soient, par suite d'une vision pessimiste de l'existence58. Marot écarte cette vision de la vie et de l'enfance en quelques vers, puis donne une justification théologique dans les vers qui suivent. 61D'autre part, on constate que le poète s'adresse directement à l'enfant à naître ─ nous dirions aujourd'hui au fœtus ─ et se projette dans sa vie, tout à fait comme pouvaient le faire les parents de Philippe au XXe siècle, dans le livre de Camille Laurens. L'imagination et la poésie préexistent à l'échographie, et sont aussi créatifs sans elle. Virgile, dans la IVe bucolique, avait déjà utilisé ce type d'énonciation. Cependant, le fait que l'enfant soit simplement appelé à vivre dans ce nouvel âge d'or, et ne contribue pas à le créer, permet une présentation moins grandiose et moins emphatique de l'enfance. Marot peut adopter un réalisme familier, intimiste même, dans l'évocation de l'accueil réservé à l'enfant dans sa famille, de ses premiers mots et de ses premiers pas. Il emploie des diminutifs qui donnent une discrète touche mignarde à certaines notations, un vocabulaire approprié à la description des premiers apprentissages, s'exprimant lui-même comme un témoin attendri de scènes qui lui ont sans doute été familières avec ses petits maroteaux ». Les carreaux de la maison prospère » sur lesquels l'enfant fera ses premiers pas donnent une existence concrète à la maison familiale ─ dont Philippe Ariès a montré l'importance à la Renaissance, en lien avec le sentiment de la famille et de l'enfance59 ─, évoquent les représentations d'intérieurs que l'on trouve dans la peinture de la Renaissance, et focalisent le regard au niveau du sol, comme s'il s'agissait de regarder à hauteur d'enfant. Le terme de passetemps », qui clôt l'évocation, n'a pas le sens péjoratif que lui donnera Montaigne dans un contexte analogue, mais manifeste l'intérêt et la tendresse d'une famille réunie pour accueillir le nouveau-né. Enfin, le huitième vers Puis d'un doux ris commence à la connaître 62attire l'attention. Il s'agit d'une traduction du vers de Virgile Incipe, parve puer, risu cognoscere matrem60. 63G. Defaux remarque à propos du vers de Virgile comme de celui de Marot Servius commente ce risu » dans sa célèbre glose philologique à l'œuvre de Virgile. La traduction de Marot suit son explication à la lettre. On peut en effet comprendre soit Commence à reconnaître ta mère à son sourire », soit Commence, par ton sourire, à faire comprendre à ta mère que tu la reconnais61 ». 64Autrement dit, la syntaxe employée par Marot reprendrait l'ambivalence de celle de Virgile pour inscrire dans le vers la réciprocité du sourire et de l'amour entre la mère et l'enfant. Cette expression semble, du reste, plaire à Clément Marot, qui la réutilise en 1544 dans L'Eglogue sur la naissance du fils de Monseigneur le Dauphin62. 65Contrairement à Montaigne, Marot semble bien connaître les nourrissons et les très jeunes enfants. Loin d'affirmer qu'ils n'ont ni mouvement en l'âme, ni forme reconnaissable au corps », il connaît le réflexe du sourire chez les tout-petits. À la suite de Virgile, il considère même ─ comme le font spontanément les adultes de toutes les époques ─ que ce réflexe établit une première communication entre l'enfant et son entourage, et que c'est, pour l'enfant, un moyen de se faire connaître », ou de répondre à l'affection des siens. Montaigne ne semble pas avoir eu cette expérience extrêmement courante, ou bien il n'en a pas tenu compte. Tout se passe comme si les phrases émerveillées de Plutarque sur la façon dont sa fille répondait à la tendresse parentale avaient eu un écho, non auprès du lecteur assidu des Œuvres morales, mais auprès de Marot. En fait, c'est sûrement l'expérience directe des enfants qui se trouve transcrite, à des siècles de distance et sans intertextualité, par les deux auteurs. Rabelais et la petite enfance de Gargantua 66À la différence des enfants que nous avons rencontrés jusque-là, le bébé géant Gargantua est un personnage de fiction. Rabelais, ou le narrateur du Gargantua, nous le rappellent régulièrement par les mentions du gigantisme. Cependant, il est un chapitre dans lequel le lecteur finit par oublier qu'il a affaire à un géant c'est le chapitre VI, intitulé Comment le nom fut imposé à Gargantua ; et comment il humait le piot63 ». Au début de l'avant-dernier paragraphe du chapitre, le narrateur rappelle la grande taille de ce nourrisson en évoquant par exemple la charrette qui lui tient lieu de poussette ; on apprend ensuite que cette jeune force de la nature a dix-huit mentons. Ensuite, l'invraisemblance quantitative cède le pas à l'invraisemblance qualitative, et il est question de la purée septembrale » qui a remplacé le lait Et n'en humait goutte sans cause. Car s'il advenait qu'il fût dépit, courroucé, fâché, ou marri, s'il trépignait, s'il pleurait, s'il criait, lui apportant à boire l'on le remettait en nature, et soudain demeurait coi et de ses gouvernantes m'a dit, que de ce faire il était tant coutumier, qu'au seul son des pintes et flacons il entrait en extase, comme s'il goûtait les joies de Paradis. En sorte qu'elles, considérant cette complexion divine, pour le réjouir au matin faisaient devant lui sonner des verres avec un couteau, ou des flacons avec leur toupon, ou des pintes avec leur couvercle. Auquel son il s'égayait, il tressaillait, et lui-même se bressait en dodelinant de la tête, monichordisant des doigts et barytonnant du cul. 67Dans ces dernières lignes du chapitre, plus rien ne rappelle qu'il s'agit d'un géant. Les diverses scènes, ou les divers portraits de cet enfant, le présentent comme n'importe quel enfant, avec pour seul objectif, semble-t-il, de rendre compte de la vie et de la vivacité de l'enfant. Le changement rapide d'humeur et de visage, la succession des expressions de ce visage ─ avec une recherche de l'expressivité qui fait songer aux efforts des peintres, depuis Giotto, pour abandonner les portraits figés et inexpressifs, y compris quand il s'agit des enfants ─, la succession des attitudes du corps en présence de musique », tout ceci se traduit par des énumérations exprimant, comme c'est souvent le cas avec Rabelais, la variété et la vie. Certes, quelques mentions donnent une dimension religieuse à ce portrait en mouvement, mais il n'y a pas de contradiction entre la joie et la foi dans la pensée évangélique d'inspiration paulinienne64. 68La vivacité, l'expressivité et la succession rapide des humeurs, la réactivité aux sensations et le rapport entre la nourriture et la découverte du monde, tout ceci appartient à un croquis vivant et exact. Il est bien évident que, là encore, Rabelais dément par avance ─ et de manière très efficace ─ la phrase de Montaigne sur l'absence de mouvement en l'âme » et de forme reconnaissable au corps » chez les tout-petits. 69La sensibilité à la vie et à la mort des enfants en bas âge ne semble donc pas suivre de progression linéaire. Des textes de la première moitié du siècle, voire de l'Antiquité, rendent compte des caractéristiques de la petite enfance avec plus de réceptivité et de sensibilité qu'un texte de la fin du siècle, à savoir Les Essais. Montaigne surprend le lecteur et le commentateur à deux titres bien que lecteur assidu et attentif de Plutarque, qu'il cite à de très nombreuses reprises dans Les Essais, il ne retire aucune idée, aucun sentiment, des Consolations à sa femme. De plus, l'empathie très novatrice dont il fait preuve quand il s'agit d'enfants plus âgés ─ y compris dans le choix de l'énonciation, dans le choix d'un nous » qui inclut les élèves dans l'essai I, XXVI ─ rend encore plus étrange son insensibilité aux nourrissons et à la communication qui peut s'établir avec eux. Le travail effectué par C. Klapisch-Zuber nous éclaire à ce sujet Montaigne n'est pas le seul père de famille noble ou aisée à ne s'intéresser vraiment à son enfant que lorsqu'il atteint l'âge scolaire. Non seulement le doute sur la survie de l'enfant, mais aussi la répartition des rôles entre les pères et les mères, voire entre les hommes et les femmes si l'on inclut les nourrices, explique certainement, pour une large part, cette insensibilité ou ce désintérêt. Marot et Rabelais gardaient sans doute une plus grande proximité avec leurs petits enfants, ne serait-ce que pour des raisons de niveaux de vie. L'expression qu'emploie Montaigne pour parler de son rôle auprès d'enfants mâles qu'il n'a pas eus ou pas vus grandir est révélatrice de sa conception de la paternité j'eusse aimé à leur grossir le cœur d'ingénuité et de franchise ». Il ne s'agit pas de la même croissance que celle dont s'occupent les mères et les nourrices. 70Il est probable aussi qu'à toutes les époques certains individus sont plus sensibles à la petite enfance et plus maternants » que d'autres, pour des raisons tenant à leur histoire personnelle, à l'identification avec leur propre parent du même sexe, à l'accès permis par leur éducation à leurs émotions et à leurs sentiments d'enfants, donc à la compréhension de l'enfance et des enfants65. Même si cela peut paraître frustrant pour l'historien, ce qui appartient à l'affectivité dépend autant, semble-t-il, de l'histoire des individus, et notamment de leur histoire affective, que des chiffres de la démographie ou de l'histoire des institutions. Les mortalités infantile et enfantine ne devaient pas être moindres du temps de Rabelais et de Marot que du temps de Montaigne. Ce n'est donc pas le seul critère à prendre en compte. Si Marot et Rabelais, au moins dans notre corpus, ne s'expriment pas sur la mort des enfants en bas âge, la sensibilité à la vie des petits enfants paraît bien plus vive chez eux que chez Montaigne. Outre l'histoire individuelle, qu'il est souvent difficile de saisir autrement qu'à l'état d'hypothèse en fonction des connaissances de la psychologie et de la psychanalyse, c'est l'histoire des comportements familiaux et sociaux sur une question comme celle de l'allaitement qui a permis de comprendre la différence de sensibilité entre les trois auteurs. Pour approfondir ce travail, il resterait cependant à mener une recherche plus fine et plus exhaustive d'éventuels ─ et sans doute très rares ─ témoignages, même très indirects, d'une sensibilité maternelle et féminine à la vie et à la mort des tout-petits. La littérature médicale du temps, par exemple, mais aussi l'œuvre de Marguerite de Navarre, livreraient peut-être quelques informations.
RefrainCelui qui aime a déjà franchi la mort. Rien ne pourra le séparer de l´amour du Dieu vivant. 1 Si notre faim de ta Parole A nourri nos corps brisés, Devant toi, Seigneur, nous aurons le coeur
Il existe des lois physiques qui gouvernent l’univers physique. Il existe de même des vérités qui gouvernent nos relations avec Dieu. C’est Dieu lui-même qui nous les a révélées dans Sa Parole La Bible Dieu nous aime et nous a créés pour que nous le connaissions personnellement. Dieu nous aime. Car Dieu a tant aimé le monde qu’Il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse pas, mais qu’il ait la vie éternelle. » Jean 316 Dieu désire que nous Le connaissions. Jésus priant le Père Or la vie éternelle, c’est qu’ils te connaissent toi le seul vrai Dieu et celui que tu as envoyé, Jésus-Christ. » Jean 173 Il nous offre une vie nouvelle, une vie en abondance. Si quelqu’un est en Christ, il est une nouvelle créature. » II Corinthiens 517 Jésus dit Moi, je suis venu, afin que les hommes aient la vie et qu’ils l’aient en abondance. » Jean 1010 Pourquoi tant de gens ne connaissent-ils pas cette vie en abondance, cette relation avec Dieu? L’homme ne peut avoir cette relation avec Dieu à cause de sa propre attitude. L’homme a été créé pour vivre en relation intime avec son créateur. Mais, par un libre choix, il a refusé de dépendre de Dieu. Cette volonté, caractérisée par une attitude d’indifférence ou de refus à l’égard de Dieu, est une manifestation de ce que la Bible appelle le péché. voir Romains 118-21 et Esaïe 535,6 Qui a péché ? Tous ont péché et sont privés de la gloire de Dieu. » Romains 323 Quelle est la conséquence du péché ? Car le salaire du péché, c’est la mort. » Romains 623 Ce sont vos fautes qui mettaient une séparation entre vous et votre Dieu. » Esaïe 592 Dieu est saint et l’homme pécheur. Son péché a créé un abîme entre lui et Dieu. L’homme s’est détourné de Dieu et il essaie de trouver la sécurité et la satisfaction de ses besoins à travers l’argent, des rapports humains, une bonne morale ou des pratiques religieuses. Cependant, toutes ces tentatives sont insuffisantes car elles ne s’attaquent pas au problème fondamental de l’homme son péché. Jésus-Christ est la réponse de Dieu lui-même au péché de l’homme. Il est le seul chemin par lequel nous pouvons connaître Dieu et expérimenter cette vie nouvelle. Annoncé plusieurs siècles avant sa venue Esaïe 53, à la fois pleinement homme et pleinement Dieu Philippiens 25-7, Jésus de Nazareth est un être unique dans l’histoire du monde. Comment Jésus a-t-il résolu le problème du péché ? Il est mort à notre place. Christ est mort pour nous alors que nous étions encore pécheurs. » Romains 58 Il est ressuscité; Il est vivant aujourd’hui. Ce Jésus, Dieu l’a ressuscité, nous en sommes tous témoins. » Actes 232 C’est pourquoi Jésus peut dire Je suis le chemin, la vérité et la vie. Nul ne vient au Père que par moi. » Jean 146 A cause de notre péché, nous nous sommes condamnés à mort. Mais Dieu a envoyé son Fils Jésus-Christ pour mourir sur la croix à notre place. Il a franchi l’abîme qui nous sépare de Dieu. Il a été condamné à notre place. C’est pourquoi nous pouvons maintenant recevoir le pardon de Dieu et vivre cette vie abondante dans une relation personnelle avec Lui. Car c’est par la grâce que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi. Et cela ne vient pas de vous, c’est le don de Dieu. Ce n’est point par les œuvres afin que personne ne se glorifie. » Ephésiens 28, 9 Mais il ne suffit pas de connaître ces trois vérités ni même d’y croire intellectuellement. Nous ne pouvons connaître Dieu de façon personnelle que si nous confions individuellement notre vie à Jésus-Christ. Confier notre vie à Jésus-Christ implique de Comprendre que nous sommes condamnés à cause de notre révolte ou de notre indifférence à l’égard de Dieu. Croire que Jésus-Christ a payé totalement la dette de nos péchés en mourant sur la croix. Le remercier pour son pardon. Désirer L’aimer et Lui obéir en nous détournant de nos péchés pour vivre une relation personnelle avec Lui. Cet engagement fait de nous un enfant de Dieu. Mais à ceux qui l’ont reçu Jésus-Christ, à ceux qui croient en son nom, Il a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu. » Jean 112 Jésus-Christ désire cette relation personnelle. Il dit Voici, je me tiens à la porte et je frappe. Si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui et je souperai avec lui, et lui avec moi. » Apocalypse 320 Ces deux cercles illustrent deux façons de vivre Une vie sans Jésus-Christ à gauche. MOI est au centre de la vie. Le Christ est en dehors de la vie. Cette personne n’a pas confié sa vie à Jésus-Christ. Ses péchés ne sont pas pardonnés. Sa vie est souvent en désordre, sans but, car son Moi » limité la dirige. Éphésiens 212 Une vie confiée à Jésus-Christ à droite. Le Christ est au centre de la vie. MOI se soumet à Jésus-Christ. Cette personne a confié sa vie à Jésus-Christ. Ses péchés ont été pardonnés et ellel expérimente l’amour de Dieu dans sa vie de tous les jours. Romains 51 Qui est au centre de votre vie? Voudriez-vous confier votre vie à Jésus-Christ pour avoir une relation personnelle avec Lui? Voici comment vous pouvez le faire Confier sa vie à Jésus-Christ est un acte de foi qui s’exprime par la prière. Prier, c’est tout simplement parler à Dieu. Il vous connaît. Ce qui importe pour Lui est l’attitude de votre cœur, votre honnêteté. Voici une prière que nous vous suggérons Seigneur Jésus, je te remercie de ton amour et de ce que tu es venu dans le monde pour mourir pour moi. Je reconnais que j’ai dirigé jusqu’à présent ma propre vie et qu’ainsi j’ai péché contre toi. Je veux maintenant mettre ma confiance en toi, te recevoir dans ma vie. Merci de me pardonner mes péchés. Fais de moi la personne que tu désires que je sois. Je te remercie d’avoir répondu à ma prière et d’être maintenant dans ma vie. Amen. » Désirez-vous prier Dieu ainsi, en toute sincérité? Si oui, priez maintenant et selon sa promesse, Jésus-Christ viendra dans votre vie. Vous pouvez aussi nous écrire en cliquant sur ce lien. Et ensuite? Cliquez ici pour en savoir plus

Sengager dans la voie du pardon, c’est admettre qu’on peut faire un chemin à deux. Parce que le mal a été accompli et subi à deux. Dans le pardon, il y a aussi une idée de réparation

Irena Trujic Résumé Les Fous de Bassan d’Anne Hébert se centrent sur le meurtre de deux cousines à Griffin Creek en 1936. Cet article étudie la manière dont l’auteur utilise la figure de la Sirène pour décrire les femmes et montrer qu’elles appartiennent à un monde différent de celui des hommes. Anne Hébert ne retient pas la créature à queue de poisson, mais fait de la sirène une entité sans chair ni âme, réduite au seul désir » p. 199 et indissociablement liée à la question du savoir et de la mort. Anne Hébert’s Les Fous de Bassan focus on the murder of two cousins living in Griffin Creek in 1936. This paper examines how the author uses the figure of the mermaid to describe women and to show that they do not belong to the men’s world. Anne Hébert does not resort to a fish-tailed creature, but rather builds her mermaid like an entity “without flesh or soul, condemned only to desire” p. 199 and inextricably related to the question of knowledge and death. Texte intégral 1 A. Hébert, Les Fous de Bassan, Paris, Le Seuil, 1982. Afin d’éviter la multiplication des notes de ... 2 C’est un procédé que l’on retrouve en effet notamment dans les premières œuvres littéraires québéc ... 1Prix Femina à sa parution en 1982, le roman Les Fous de Bassan1 d’Anne Hébert évoque le destin de la petite communauté anglophone et anglicane de Griffin Creek après la disparition en août 1936 des deux cousines Olivia Jones et Nora Atkins. Comme bien souvent dans la littérature québécoise2, le texte construit une opposition forte entre un avant idyllique » et un après terrible même si le comportement des habitants de Griffin Creek avant le drame est problématique à bien des égards, oscillant entre maltraitance, inceste et religion, les faits qui se déroulent à l’été 1936 relèvent véritablement du péché originel » FB, p. 27. En effet, ils entraînent la dissolution de la communauté et l’arrivée des étrangers, d’abord sous la forme de policiers puis sous celle de papistes qui rachètent progressivement les terres. Comme le déplore le révérend Nicolas Jones dans l’incipit Il a suffi d’un seul été pour que se disperse le peuple élu de Griffin Creek. Quelques survivants persistent encore, traînent leurs pieds de l’église à la maison, de la maison aux bâtiments. De robustes générations de loyalistes prolifiques devaient aboutir, finir et se dissoudre dans le néant avec quelques vieux rejetons sans postérité. Nos maisons se délabrent sur pied et moi, Nicolas Jones, pasteur sans troupeau, je m’étiole dans ce presbytère aux colonnes grises vermoulues. FB, p. 13-14. 3 Les différentes parties du roman sont successivement prises en charge par le Révérend Nicolas Jone ... 4 Dans sa dernière lettre à Michael Hotchkiss, Stevens Brown raconte qu’il est revenu des combats en ... 5 P. S. Tu seras peut-être étonné, Old Mic, si je te dis qu’aux assises de février 1937 j’ai été j ... 6 Si la page de garde de la partie prise en charge par Olivia de la Haute mer porte la mention san ... 2Tout le roman thématise la question du savoir une narration polyphonique et homodiégétique3 distille ainsi au compte-goutte des informations apportant un peu de lumière sur la disparition de Nora et d’Olivia. Si nous sommes progressivement menés vers l’aveu du cousin des jeunes filles – Stevens Brown, dont elles sont d’ailleurs toutes deux amoureuses –, il nous est cependant difficile de le croire sur parole non seulement ce dernier s’attribue le double meurtre plus de 40 ans après les faits, alors qu’il est devenu fou4, mais surtout il invalide son aveu dans le post-scriptum5 qui clôt le roman. Paradoxalement, seul le témoignage d’Olivia de la Haute mer semble crédible, bien que – ou plutôt précisément parce que – elle nous parle après sa mort, dans un au-delà temporellement indéfini6. Elle interrompt cependant son récit avant de donner le nom de son meurtrier, nous laissant avec des doutes et des suppositions, mais sans aucune certitude Que je lève seulement la tête et je verrai son visage, la dureté de ses os ruisselants de lune. Ses lèvres se retroussent sur ses dents en un sourire étrange. Mon Dieu vais-je mourir à nouveau ? Je n’ai que juste le temps de me couvrir d’ombre comme un poulpe dans son encre, m’échapper sur la mer avant que ne revienne, dans toute sa furie, la soirée du 31 août » FB, p. 225. 7 La mer, qui apparaît dès la première ligne de l’incipit, le ciel – dont la forme incarnée » est ... 8 À ce propos, voir par exemple Brochu A., Le Secret de vie et de mort, Ottawa, University of Ottawa ... 9 Anne Hébert quitte le Canada pour la France en 1965. 10 Briand S., Les Fous de Bassan d’Anne Hébert ou l’apocalypse du griffon », Études françaises, 36 ... 11 Heidmann U., Le dialogisme intertextuel des contes des Grimm », Ead. dir., Le Dialogisme inter ... 3Un avis au lecteur nous prévient ce lieu, qui n’est par ailleurs décrit que par trois éléments7, est un espace romanesque où se déroule [une] histoire sans aucun rapport avec aucun fait réel ayant pu survenir, entre Québec et l’océan Atlantique ». Cette précaution auctoriale a beaucoup interpellé la critique, certainement parce qu’il s’agit d’un hapax dans la production littéraire hébertienne, mais aussi parce que la trame des Fous de Bassan rappelle un drame qui s’est produit en Gaspésie en août 1933, la disparition et le meurtre de Maud et Marguerite Ascah8. À l’époque, Anne Hébert vivait encore au Canada9, et les similitudes entre le fait réel et le roman sont trop nombreuses pour n’être imputables qu’au hasard. Sylvie Briand interprète ainsi l’avis au lecteur Griffin Creek est effectivement une terre de l’imaginaire, du fantasme et du songe, qui s’oppose aux autres lieux réels du récit comme Montréal10 », d’autant que le nom de Griffin Creek contient celui du griffin », le griffon antique. Il nous semble cependant que l’on pourrait également mobiliser d’autres éléments pour étayer cette lecture ; Anne Hébert dialogue en effet avec des intertextes très variés – des contes, La Bible en particulier La Genèse, Les Fleurs du Mal de Baudelaire, ses propres œuvres comme Héloïse, 1980 et bien d’autres encore – afin de créer une véritable terre de littérature dans laquelle évoluent des personnages qui n’ont que trois mois pour devenir homme et femme, vivre et mourir » FB, p. 88. Dans ce contexte, nous nous intéresserons en particulier à la reconfiguration de la sirène qui parcourt le roman en filigrane. S’il n’y a pas véritablement de créature mi-femme mi-poisson dans Les Fous de Bassan, le conte La Petite Sirène d’Andersen 1835 est cité en épigraphe et apparaît à bien des égards comme un intertexte clair dans la composition des personnages féminins. Dans un premier temps, nous montrerons comment Anne Hébert associe la féminité à la mer, puis nous verrons les effets de sens nouveaux11 proposés par le dialogue intertextuel à la différence des contes merveilleux traditionnels, dont la fin est heureuse, Les Fous de Bassan montrent que la fiction de l’enfance est rattrapée par la réalité et que le savoir est indissociablement lié à la mort. La mer et les femmes 12 À ce propos, on pourra consulter l’article de G. Reid, Wind in August Les Fous de Bassan’s rep ... 13 Nous pensons ici à Stevens Brown et Nicolas Jones ; Perceval est un narrateur problématique, car i ... 14 Stevens explique ainsi qu’il a froid et que cela vient […] des profondeurs confuses de ma naissa ... 4Tout d’abord, signalons qu’une dichotomie hommes/femmes traverse le roman. Développée sur plusieurs plans, elle permet à la romancière d’accentuer la distance irréductible qui sépare les hommes des femmes12, faisant des premiers de véritables brutes assoiffées de sang dont les secondes sont irrémédiablement les victimes. Si ce phénomène se cristallise bien sûr par le viol et le meurtre des deux cousines, le révérend Nicolas Jones explique par exemple que, le fusil en bandoulière, hirsutes et mauvais, les hommes de ce pays ont toujours l’air de vouloir tuer quelque créature vivante. Leurs maisons sont pleines de trophées de chasse. […] Les maisons regorgent de fusils et de couteaux, soigneusement fourbis, durant les longues soirées d’hiver. De retour de chasse ils prennent leur femme dans le noir, sans enlever leurs bottes » FB, p. 40. Cette brutalité semble trouver son origine dans l’absence d’amour maternel – ou d’affection tout du moins – qui apparaît comme un élément récurrent dans le discours de deux des narrateurs masculins des Fous de Bassan13. Outre la mère de Stevens, que ses enfants laissent littéralement de glace14 et dont le ventre est polaire » FB, p. 86, celle de Nicolas l’embrasse pour la première fois lorsqu’il lui annonce, à l’âge de douze ans, sa vocation de révérend de cet événement, il se souvient du corsage noir piqué d’épingles [de Felicity] où [il] n’ose appuyer [s]a tête d’enfant » FB, p. 25 et de son désarroi Par quelle prière magique, quelle invention de l’amour fou pourrais-je délivrer le cœur de ma mère ? J’en rêve comme d’une mission impossible » FB, p. 25 ; car si Nicolas pense que sa mère a toujours préféré [s]es filles » FB, p. 37, il est certain qu’elle attend la venue au monde de ses petites-filles pour aimer » FB, p. 36. Elles seules pourront d’ailleurs venir partager ses baignades matinales, initiation que Felicity refuse obstinément à Nicolas et auxquelles il n’assistera jamais qu’en spectateur. 15 Un triton est certes évoqué dans La Petite Sirène, mais son rôle n’est que secondaire dans l’histo ... 5La référence aux baignades matinales apparaît chez tous les narrateurs et permet d’assimiler le monde féminin à la mer et le monde masculin à la terre. Cela rappelle bien sûr une dichotomie centrale dans le conte d’Andersen, la sirène ne pouvant vivre sur terre ni le prince dans la mer15. Cette assimilation de la féminité à l’eau est tout d’abord permise par l’homophonie entre mer » et mère », qui est abondamment utilisée au cours des Fous de Bassan Olivia évoque ainsi ses grands-mères d’équinoxes, [s]es hautes mères, [s]es basses mers, [s]es embellies et [s]es bonaces, [s]es mers d’étiage et de sel » FB, p. 218. Bien plus, les personnages féminins sont explicitement comparés à des créatures maritimes par les narrateurs masculins cachés dans les roseaux, Nicolas et Perceval observent ainsi les baignades matinales de Felicity, de Nora et d’Olivia. Pour Nicolas, sa mère règne sur la mer. […] On dirait une méduse géante » FB, p. 35, tandis qu’elle est pour Perceval un dauphin [qui] n’a qu’un seul désir, entraîner ses deux petites-filles vers la haute mer, sur des coursiers d’écume. De là à leur inventer des queues de sardine, des nageoires agiles […] il n’y a qu’un pas » FB, p. 71. 6La description que fait le Révérend Nicolas Jones de sa femme Irène va plus loin elle est pareille à un poisson mort, sa vie froide de poisson, son œil de poisson sous la paupière sans cils, son odeur poissonneuse lorsque je m’obstine à chercher, entre ses cuisses, l’enfant et le plaisir » FB, p. 23-24 ; c’est la même métaphore qu’emploie Stevens lorsqu’il évoque la première agression d’Olivia elle se débat comme un poisson fraîchement pêché, ses cheveux mouillés me passent sur la face en longues lanières froides. Je lui chuchote des propos galants un peu bizarres où il est question d’une sirène aux pieds palmés » FB, p. 97 – faisant référence à une petite malformation de la jeune fille. Par ailleurs, c’est précisément cette conque marine et poissonneuse au milieu d’Olivia telle une vase profonde qu’il faut atteindre coûte que coûte » FB, p. 248 qu’il évoquera lorsqu’il racontera son viol. 7À vrai dire, même Nora s’assimile à une créature maritime et raconte ainsi qu’elle est née dans la mer, roulée et pétrie par une eau saumâtre » FB, p. 118 dans laquelle dans une autre vie [elle a] pu séjourner longtemps […], sans avoir besoin de respirer » FB, p. 116, rappelant bien sûr la sirène d’Andersen. Par ailleurs, elle rêve qu’un prince charmant la prenne dans ses bras, [l]’emporte et [la] cloue à l’avant de son bateau de pirate », faisant d’elle une figure de proue pour l’éternité » FB, p. 125. 8On l’aura compris, de nombreuses descriptions tendent à apparenter les femmes au monde marin. Ajoutons à cela que le Livre d’Olivia de la Haute mer s’ouvre sur une épigraphe d’Andersen Ton cœur se brisera et tu deviendras écume sur la mer » FB, p. 197, préfigurant le destin de la jeune fille qui sera condamnée à écume[r] la côte de Griffin Creek de toutes ses images surannées » FB, p. 213. 16 H. C. Andersen, La Petite Sirène, dans Contes et histoires, introduction, traduction et annotation ... 9Il ne s’agit cependant pas du seul parallèle que l’on peut établir entre le conte et le roman québécois. Sans procéder à une comparaison systématique, signalons que l’amour malheureux et la figure de la grand-mère occupent ainsi une place importante dans les deux textes. Mère de substitution pour les sirènes dans le conte danois, elle a la même fonction dans le roman québécois puisqu’Olivia est orpheline. Par ailleurs, dans les deux cas, c’est elle qui établit le lien entre la terre et la mer. Dans le conte, elle autorise en effet ses petites-filles à monter à la surface lorsqu’elles ont quinze ans, pour voir passer les grands vaisseaux et faire connaissance avec les forêts et les villes16 » ; chez Hébert, le mouvement est inverse puisqu’elle initie Nora qui a alors quinze ans également et Olivia aux baignades matinales, véritables communions avec la mer. La voix des défuntes 17 Ibid., p. 165. 10Il est possible de mesurer l’une des différences majeures entre les deux sirènes » grâce à une description présente chez Andersen légère comme une bulle17 » que s’approprie Olivia de la Haute mer Regagnons la haute mer. Légère comme une bulle, écume de mer salée, plus rapide que la pensée, plus agile que le songe, je quitte la grève de mon enfance et les mémoires obscures de ma vie ancienne » FB, p. 204. Olivia de la Haute mer est ainsi déjà devenue écume lorsqu’elle nous raconte son histoire, elle a donc connu le destin auquel était promise la Petite Sirène. Elle ne peut que revenir hanter Griffin Creek afin de savoir ce qui s’y passe Ma senteur forte de fruit de mer pénètre partout. Je hante à loisir le village, quasi désert, aux fenêtres fermées. Transparente et fluide comme un souffle d’eau, sans chair ni âme, réduite au seul désir, je visite Griffin Creek, jour après jour, nuit après nuit. Dans les rafales de vent, des embruns légers, je passe entre les planches mal jointes des murs, les interstices des fenêtres vermoulues […] » FB, p. 199. Ayant franchi la passe de la mort » FB, p. 210, elle est également la seule narratrice à savoir ce qui s’est passé en cette nuit d’été 1936. Car le savoir, dans le roman, est intimement lié à la mer et à la mort. Les défuntes de Griffin Creek semblent en effet toutes retourner à la mer et ne reviennent sur terre que sous la forme de voix. 11Cette question de la voix est un des éléments fondamentaux du mythe de la sirène, que l’on retrouve aussi bien dans l’Odyssée que chez Andersen, mais qui prend des formes différentes selon les textes si le chant des Sirènes homériques était mortel pour les humains, la mort chez Andersen est associée à l’absence de voix et ne concerne que la sirène. C’est en effet en échange de sa superbe voix qu’elle obtient ses jambes et, par-delà, la possibilité de vivre sur terre. Cette perte a des conséquences dramatiques devenue muette, elle ne peut dire au Prince qu’elle est la femme qu’il cherche, celle qui l’a sauvé du naufrage. Impuissante, elle assiste ainsi à son mariage avec une autre, ce qui met un terme à son aventure terrestre. Cela dit, la fin du conte est positive comme elle refuse de le tuer pour retrouver sa queue de poisson, elle rejoint les filles de l’air qui volent » au secours des humains et gagnent, par leurs bonnes actions, une âme immortelle contrairement aux autres sirènes qui deviennent écume à leur mort. 18 Randall M., Les énigmes des Fous de Bassan féminisme, narration et clôture », Voix et Images, ... 19 Par exemple, Olivia explique Ma mère, parmi elles, la plus fraîche et la plus salée à la fois, ... 12Si Marilyn Randall estime que Les Fous de Bassan mettraient […] en scène la privation totale de la parole – prononcée ou écrite – des femmes18 », il nous semble au contraire que la voix féminine occupe une place importante chez Anne Hébert, au même titre que dans d’autres textes portant sur la figure de la sirène. Dans le roman qui nous occupe, cette voix est également associée à la mort puisqu’elle est paradoxalement ce qui reste lorsque la femme n’est plus. Alors que toutes les parties des Fous de Bassan sont génériquement identifiées en tant que livre » celui de Nicolas Jones, de Nora Atkins, de Perceval et de quelques autres ou lettre » Stevens Brown, la partie prise en charge par Olivia ne porte aucune indication générique, nous obligeant de fait à la recevoir non comme un écrit mais comme un récit. Par ailleurs, Anne Hébert reconfigure cet élément de la voix d’une autre façon également, pour en faire cette fois-ci un personnage du roman, celui du vent dont [l]a voix lancinante […] entête et rend fou[s] » les hommes de Griffin Creek FB, p. 26. Ce vent charrie en effet des voix de femmes patientes, repasseuses, laveuses, cuisinières, épouses, grossissantes, enfantantes, mères des vivants et des morts, désirantes et désirées dans le vent amer » FB, p. 215 que seule Olivia semble pouvoir entendre et comprendre19. Elles ont donc des pouvoirs protecteurs similaires à ceux des filles de l’air d’Andersen, à la différence près qu’elles sont capables de connaître l’avenir et qu’elles limitent leur protection aux femmes victimes des hommes. Toutes ont connu un destin similaire à celui de la Petite Sirène d’Andersen Les grandes femmes crayeuses, couchées dans le petit cimetière de Griffin Creek, depuis longtemps ont l’âme légère, partie sur la mer, changée en souffle et en buée » FB, p. 217. 13Bien plus, il semble que les fonds marins proches de Griffin Creek soient remplis de filles qui dorment au fond, la tête dans le sable, [lestées de] pierres et [de] cordes […] pour la pêche au saumon » FB, p. 223. Elles ont donc été les victimes des hommes comme Olivia et Nora le seront. Et lorsque Olivia leur désobéit en répondant à Stevens qui l’aborde, l’idée du drame apparaît immédiatement Mon Dieu il ne fallait pas disent-elles toutes dans l’ombre et le vent, les mères et grands-mères alertées » FB, p. 215. Le destin de la jeune fille – qu’elle connaît puisqu’elle nous parle également depuis l’au-delà – est toutefois en marche Quelque part cependant, est-ce au fond de la terre, l’ordre de mort est donné. Mes mère et grand-mères gémissent dans le vent, jurent qu’elles m’ont bien prévenue pourtant. Je n’avais qu’à fuir avant même que Stevens pose sur moi ses yeux d’enfant. Ces femmes radotent et répètent toujours la même chose. Gouttes de pluie à la surface des eaux, elles s’enfoncent dans la profondeur des océans, me recommandent d’y habiter désormais avec elles, d’être obéissante et de ne plus profiter de la marée pour retourner à Griffin Creek. FB, p. 220-221 20 Notons à ce propos que Les Fous de Bassan reprennent d’autres contes également, comme Le Petit Pou ... 14Ce qu’elles ont vécu leur a donné accès à un savoir qui fait pour le moment défaut à Nora et Olivia mais dont les deux cousines ont parfaitement conscience. Cette question de la connaissance est en effet récurrente dans leurs discours Nora aimerait pouvoir écouter les conversations de sa mère et de sa tante sur les histoires de naissance et de mort », afin de savoir tout ce qu’une femme doit savoir » FB, p. 115. Olivia explique, quant à elle L’amour seul pourrait faire que je devienne femme à part entière et communique d’égale à égale avec mes mère et grand-mères, dans l’ombre et le vent, à mots couverts, d’un air entendu, du mystère qui me ravage, corps et âme » FB, p. 216. Cependant, toutes deux sont trop jeunes pour le moment ; car la connaissance qui leur manque, c’est celle de l’amour dont l’ombre est secrète et redoutable » FB, p. 115. Olivia dit d’ailleurs de Stevens Si seulement je voulais bien, j’apprendrais tout de lui, d’un seul coup, la vie, la mort, tout [car il est] comme l’arbre planté au milieu du paradis terrestre » FB, p. 216. C’est donc une connaissance au sens biblique du terme qui leur fait défaut et les garde prisonnières de leurs contes d’enfants20, mais ce savoir est également définitivement lié aussi bien à la vie qu’à la mort. Et si l’on en croit l’aveu de Stevens, rendu fou par une tempête qu’il est le seul à avoir vécue cette nuit d’août 1936 et qui soulève [l]es jupes » FB, p. 246 de sa cousine, Olivia mourra d’avoir enfin acquis cette connaissance qui fait d’elle une femme adulte Mais là où je ne suis pas d’accord avec tous les témoins de Griffin Creek, du plus grand au plus petit, c’est au sujet du temps qu’il faisait ce soir-là. Tous vont insister sur le calme de la nuit, l’absence de vent. Et moi j’affirme avoir éprouvé la rage de la tempête dans tout mon corps secoué et disloqué, tandis qu’Olivia se débattait, partageant avec moi le même ressac forcené. Dans toute cette histoire, je l’ai déjà dit, il faut tenir compte du vent. Du commencement à la fin. Depuis mon retour à Griffin Creek, en juin, jusqu’à la nuit du 31 août. Plus loin encore sans doute. Remonter à la source du vent. FB, p. 246 15Celui dont Olivia et Nora sont amoureuses n’a donc rien du Prince Charmant et la fin du conte montre l’impossibilité d’une cohabitation harmonieuse entre les hommes et les femmes. Pour la femme, la connaissance sonne le glas de l’enfance, la mort et le retour à la mer. 21 Le motif de la femme obsédante assimilée à la mer se retrouve par ailleurs dans d’autres textes d’ ... 22 Notons également que les fous de Bassan, ces oiseaux qui viennent hanter les délires de Stevens al ... 16Du conte d’Andersen, Anne Hébert ne retient donc pas la créature à queue de poisson, mais fait de la sirène une entité sans chair ni âme, réduite au seul désir » FB, p. 199 et indissociablement liée à la question de la mort et du savoir21. En effet, appartenant désormais à la mer, Olivia détient la clef du mystère parcourant le roman, puisqu’elle sait qui l’a tuée ; par ailleurs, son viol lui donne accès à la connaissance au sens biblique du terme et sa mort lui permet de rejoindre la cohorte des défuntes de Griffin Creek, dont les voix sifflent entre les frondaisons marines, remontent parfois sur l’étendue des eaux » FB, p. 217 pour avertir les vivantes des dangers qui les menacent. Le savoir est donc associé au péril dans le roman, mais pour les femmes uniquement dans Les Fous de Bassan, la sirène doit craindre l’homme qu’elle rend fou22 mais qu’elle désire pourtant ardemment. Car rien ne pourra l’en protéger et, si l’on en croit le post-scriptum qui fait office de morale dans Les Fous de Bassan, le crime restera impuni. Notes 1 A. Hébert, Les Fous de Bassan, Paris, Le Seuil, 1982. Afin d’éviter la multiplication des notes de bas de page, les références à cet ouvrage seront désormais indiquées par le sigle FB, suivi de la page, et placées entre parenthèses dans le corps du texte. 2 C’est un procédé que l’on retrouve en effet notamment dans les premières œuvres littéraires québécoises ; citons par exemple Les Anciens Canadiens 1862 de Philippe Aubert de Gaspé ou encore Jacques et Marie 1865 de Napoléon Bourassa. Par ailleurs, il y a chez les personnages d’Anne Hébert un rapport particulier au passé. S’ils ne sont pas nostalgiques au sens strict du terme, nombreux sont les romans dans lesquels le passé envahit littéralement le présent des personnages. 3 Les différentes parties du roman sont successivement prises en charge par le Révérend Nicolas Jones, Stevens Brown, Nora Atkins, Olivia de la Haute mer, Perceval et quelques autres, puis à nouveau Stevens Brown. 4 Dans sa dernière lettre à Michael Hotchkiss, Stevens Brown raconte qu’il est revenu des combats en Europe Intact […] indemne de la tête aux pieds. Pas la moindre cicatrice. Détraqué seulement. Complètement détraqué. Sujet aux crises de nerfs » FB, p. 231. Signalons en exemple l’une des hallucinations récurrentes à laquelle le personnage est en proie il se voit attaqué par des hordes d’oiseaux de mer contre mon crâne. Leurs cris assourdissants. Je lève le bras, ils s’envolent et ils crient. Je laisse tomber mon bras sur le drap d’hôpital, et ils reviennent en masse et crient à nouveau, s’aiguisent le bec contre mon crâne » FB, p. 230. 5 P. S. Tu seras peut-être étonné, Old Mic, si je te dis qu’aux assises de février 1937 j’ai été jugé et acquitté, mes aveux à McKenna ayant été rejetés par la cour et considérés comme extorqués et non conformes à la loi » FB, p. 249. 6 Si la page de garde de la partie prise en charge par Olivia de la Haute mer porte la mention sans date » FB, p. 197, Olivia nous signale que Griffin Creek a déjà été déserté lorsqu’elle prend la parole. En effet, elle parcourt les escaliers branlants, les galeries à moitié pourries, les jardins dévastés » FB, p. 199. 7 La mer, qui apparaît dès la première ligne de l’incipit, le ciel – dont la forme incarnée » est l’église – et la terre. 8 À ce propos, voir par exemple Brochu A., Le Secret de vie et de mort, Ottawa, University of Ottawa Press, 2000, p. 163-164. 9 Anne Hébert quitte le Canada pour la France en 1965. 10 Briand S., Les Fous de Bassan d’Anne Hébert ou l’apocalypse du griffon », Études françaises, 36 2, 2000, p. 149-162. 11 Heidmann U., Le dialogisme intertextuel des contes des Grimm », Ead. dir., Le Dialogisme intertextuel des contes des Grimm, no 9 de la revue Féeries. Études sur le conte merveilleux XVIIe-XXe siècles, 2012, p. 9-28, p. 10. 12 À ce propos, on pourra consulter l’article de G. Reid, Wind in August Les Fous de Bassan’s reply to Faulkner », Studies in Canadian Literature/Études en littérature canadienne, 15 2, 1991-1992, p. 112-127, qui montre comment Anne Hébert reprend notamment The Sound and the Fury pour construire son message. 13 Nous pensons ici à Stevens Brown et Nicolas Jones ; Perceval est un narrateur problématique, car il est mis de côté par l’ensemble de la communauté à cause de sa déficience mentale. D’ailleurs, lorsqu’il commence son récit, on apprend qu’il est enfermé tous les soirs dans la maison. Obligé de dormir à huit heures. Cric un tour de clef. Enfermé dans ma chambre pour la nuit. Pas envie de dormir. Envie de crier. Parce que je suis enfermé. Serai battu si je crie » FB, p. 139. 14 Stevens explique ainsi qu’il a froid et que cela vient […] des profondeurs confuses de ma naissance, du premier attouchement des mains glacées de ma mère sur mon corps d’enfant » FB, p. 86. 15 Un triton est certes évoqué dans La Petite Sirène, mais son rôle n’est que secondaire dans l’histoire. 16 H. C. Andersen, La Petite Sirène, dans Contes et histoires, introduction, traduction et annotation de M. Auchet, Paris, Livre de Poche, 2003, p. 148. 17 Ibid., p. 165. 18 Randall M., Les énigmes des Fous de Bassan féminisme, narration et clôture », Voix et Images, 15 1, 1989, p. 66-82, p. 73. 19 Par exemple, Olivia explique Ma mère, parmi elles, la plus fraîche et la plus salée à la fois, me parle en secret ma douce langue natale et me dit de me méfier de Stevens » FB, p. 217. 20 Notons à ce propos que Les Fous de Bassan reprennent d’autres contes également, comme Le Petit Poucet de Perrault. 21 Le motif de la femme obsédante assimilée à la mer se retrouve par ailleurs dans d’autres textes d’Anne Hébert. Ainsi, dans Héloïse 1980, Bernard fait une croix sur sa vie pour suivre Héloïse, qu’il a rencontrée dans le métro. Bernard tombe aux pieds d’Héloïse. Il enfouit sa tête dans les jupes de la jeune femme. Retrouve l’odeur prenante des grèves ; varech, goémon, vase profonde qui fume et se déchaîne » Paris, Le Seuil, 1980, p. 100. Dans ce roman, Héloïse est également détentrice d’un savoir associé à la mort, puisqu’il s’agit en fait d’une revenante au sourire cruel » ibid., p. 123 qui assure son passage sur terre en se nourrissant du sang des vivants. 22 Notons également que les fous de Bassan, ces oiseaux qui viennent hanter les délires de Stevens alors qu’il est devenu fou, peuvent également apparaître comme des reconfigurations de la sirène antique, mi-femme mi-oiseau. Auteur Licenciée en lettres langues et littératures française, russe et latine de l’université de Lausanne et docteur en littératures de langue française de l’université de Montréal, est actuellement chercheur associé à l’université Paris-Sorbonne CRLC, EA 4510 et à l’université de Johannesburg. Ses recherches portent essentiellement sur la réécriture de l’Énéide du XIXe au XXIe siècle, ainsi que sur la thématique de la mémoire, de l’exil et de l’identité en général.
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